Musique

DAVID FACKEURE : Le Virtuose Pianiste de Jazz 

David Fackeure, compositeur et arrangeur, n’a jamais vécu aux Antilles et n’a pas d’ascendance antillaise. Né dans le nord de la France, pianiste autodidacte,  il sait déployer avec une sincérité saisissante le swing viscéral de la biguine, dont la genèse remonte à l’arrivée du be bop en France et à son adoption par de grands compositeurs-interprètes guadeloupéens comme Albert Lirvat ou Robert Mavounzy.

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En 1988, son chemin croise celui du guitariste Théophile Renia.  Il intègre sa formation ‘’Tropic Island’. David Gore, batteur d’origine Antillaise rejoint à son tour « Tropic Island ». Et c’est le grand choc, le coup de foudre, quand David Fackeure découvre Alain Jean-Marie avec son « Biguine Reflections ».  En 1998, sa rencontre avec Bernard Maury sera déterminante pour la musique, puisqu’il intègre son école (La Bill Evans Academy) pendant près de 6 mois où il étudiera l’harmonie.

En 2000 l’enregistrement de son 1er opus « Jazz On Biguine »  suivi en 2007 par un second opus .

Ces albums, salués de façon unanime par la critique française et internationale, lui apporteront 2 nominations aux victoires du Jazz en 2008. Une autre rencontre qui marquera un nouveau tournant dans sa carrière fût celle avec le Bassiste Guadeloupéen Thierry Fanfant. Après avoir partagé la scène pendant près de 7 ans avec Thierry Fanfant, leur collaboration aboutira en 2013 à la co-écriture et la co-réalisation d’un album intitulé  » Frères »  sorti en 2014. De nombreux invités comme Angelo Debarre, Louis Winsberg, Vincent Ségal, ou encore Fabien Mary sont présents sur ce nouvel album résolument très Jazz.

 

 97L : Quel souvenir vous a le plus marqué entre un père saxophoniste et un grand père célèbre chanteur napolitain ?

Lors de mon enfance, mon père écoutait très régulièrement le saxophoniste Stan Getz et avait pour plaisir de faire découvrir ce merveilleux saxophoniste aux différents invités que nous recevions à la maison. Il disait toujours à nos invités que Stan Getz avait le pouvoir de parler avec son sax. J’avoue qu’à l’époque, je ne comprenais pas complètement le sens de cette phrase. Aujourd’hui, cette phrase est devenue essentielle dans ma vision de la musique et de l’improvisation. J’ai eu la chance d’enregistrer une orchestration sur le vieil enregistrement d’une chanson napolitaine enregistrée par mon grand-père. Je lui ai offert cet enregistrement pour l’un de ses derniers anniversaires.

 97L :  Etre à l’affiche des concerts, et une renommée  nationale, quel bilan faites vous ?

Je suis autodidacte… J’ai donc beaucoup travaillé pour cela, mais je ne pense pas que le moment soit venu de faire un bilan. Le travail de la musique, et donc du piano pour mon cas, est un travail infini. Donc tant que la vie me le permettra, le travail ne sera jamais fini. Je ne pourrai faire un bilan que le jour où mon parcours artistique s’arrêtera…
j’aimerai pouvoir ressentir de la fierté, ou encore une certaine satisfaction, mais ce n’est pas dans mon tempérament. Plus j’avance, et plus j’ai conscience du chemin qu’il me reste à parcourir…

 97L : Vous avez joué avec beaucoup de musiciens. Qu’en retenez-vous ?

Il est devenu extrêmement difficile de devenir un musicien uniquement spécialiste d’un style. Aujourd’hui, il faut savoir quasiment tout jouer. En studio, on peut vous demander une improvisation plus ou moins moderne, plus ou moins « bluesy », plus ouverte, plus modale…  bref, ce n’est pas les vacances :o) L’enregistrement est donc un exercice intense qui demande beaucoup de concentration et une part d’égoïsme… car on se concentre principalement sur sa propre performance. En concerts, l’égoïsme n’a plus sa place… on est cette fois vraiment dans le partage !

97L : Votre rapport à  l’écriture, dans l’émotion, la technique  pour votre premier album Jazz on Biguine  ?

Mes compositions n’ont pas toutes été conçues de la même manière. Il m’est arrivé d’écrire un thème sur la base d’un exercice harmonique que j’avais développé (ex : An tan ta la). D’autres ont été composé très rapidement, comme dictées par une force extérieure… Dans tous les cas, il me faut ressentir une émotion forte pour que la composition ne finisse pas dans les archives. Cette émotion peut être provoquée par la mélodie, l’atmosphère dégagée par la suite d’accords… ou encore juste par l’interprétation. C’est de l’art, donc il n’y a pas de recettes magiques (même si avec l’expérience,  on peut développer un certain sens pour la composition).

 97L : Comment à commencé l’aventure avec  votre complice et ami Thierry Fanfant ?       

Il était venu m’écouter dans un club de jazz parisien avec son frère Jean-Philippe. Le courant est très vite passé… une vraie amitié est née !!! et puis la musique a fait le reste.

 97L : Amitié conclue par un album « Frères » paru en mai 2014…

Cet album est le fruit de 7 années de scènes l’un avec l’autre… nous avions chacun le projet de faire notre album. Alors que nous étions dans le train, parti accompagner une artiste, nous avons évoqué l’idée de mettre nos compositions en commun pour réaliser FRERES. L’idée était lancée…

97L : Ronald Tulle, Mario Canonge, Grégoy Privat et Maher Beauroy montrent les nouvelles couleurs du Jazz Créole. Qu’en pensez-vous ?    

Ce sont tous d’excellents pianistes. Mario Canonge est un mon sens l’un des rares pianistes à avoir ouvert une nouvelle voix dans le Jazz Créole (à l’image de ce qu’avait fait Alain Jean-Marie avec le piano Biguine en son temps). Etre un grand pianiste, c’est un travail énorme ; Ouvrir une nouvelle brèche artistique, dans laquelle de nombreux artistes vont se jeter, mérite le plus grand respect.

97L : Le jazz créole a-t-il encore  des conquêtes à mener ?

Le jazz créole est encore trop peu connu dans nos provinces… comme nous l’entendons dire très souvent pendant les élections présidentielles : « Paris n’est pas la France », et je m’étonne très souvent de voir à quel point le jazz créole, les artistes antillais et le répertoire de la caraïbe reste encore méconnu dans nos régions. J’invite d’autres pianistes métropolitain à découvrir ce répertoire …  Voilà sûrement le plus grande défi à mener.

97L : Une anecdote à nous livrer

Al Lirvat m’a fait l’immense plaisir de venir m’écouter en concert à Paris. Au terme du concert, Al me félicita pour la prestation. Je lui répondis alors avec humour que j’espérais qu’un jour mes qualités de pianiste me permettront d’avoir de l’or dans les poches. Il me répondit instinctivement : « Pourquoi veux tu avoir de l’or dans les poches… tu en as déjà dans les mains ». Cette réponse, extrêmement gentille, me fit prendre que la plus grande des richesses était de pouvoir vivre de ma musique…

Alain Jean-Marie et Al Lirvat ont eu la gentillesse de préfacer mes 2 premiers albums. C’est un honneur immense pour moi. Je leur en serai éternellement reconnaissant.  De la même façon, je remercie tous les musiciens antillais avec lesquelles j’ai pu travaillé (Thierry et Jean-Philippe Fanfant bien évidemment, Fabrice Fanfant, Sonny Troupé…et tous les autres) et qui m’ont ouvert leurs portes sans aucune retenue.

 97L : Quels sont vos projets ?

Frères II pour cette année et un nouvel album en trio. Nous venons de terminer l’enregistrement d’un album en Duo avec Tricia Evy…

 

Propos recueillis par Wanda Nicot

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