Société

Daniel Dalin : De quel droit les élus ultramarins peuvent-ils dire s’il faut garder France Ô ou pas ?

Depuis l’intervention de la ministre de la Culture Françoise Nyssen déclarant : « Il faudra interroger nos concitoyens d’Outre-mer et leurs élus pour déterminer si l’avenir est au maintien de France Ô sur le canal hertzien ou au contraire au renforcement des offres numériques des Outre-mer Premières », les réactions se font nombreuses. Celle de Daniel Dalin, Président du COLLECTIFDOM et Secrétaire Général du CREFOM, s’est faite discordante : « Je pense qu’il faut fermer France Ô… Arretons d’engraisser quelques uns. Et pour ce que nous rapporte cette chaine aux ultramarins de l’hexagone ». Nous avons voulu connaître son opinion.

97L : Expliquez-nous votre position.

Je voulais dénoncer la tentative du gouvernement de faire disparaître France Ô comme par le passé Nicolas Sarkozy. France Ô c’est la télé et le regard des ultramarins sur l’hexagone qui désirent s’informer sur leurs régions d’origine. Ce n’est pas brillant d’accord ! Mais ce qu’il faut savoir c’est que l’état n’a jamais donné à France Ô la possibilité de faire autre chose que ce qu’ils font actuellement.

Il y avait à l’époque du gouvernement Hollande un projet qui circulait, sous le manteau avec un nouveau France Ô, une nouvelle manière de voir les choses, dont les principaux acteurs ne serait-ce que dans le domaine asociatif, tiraient leur épingle du jeu. Ce programme a complètement disparu, ce n’est pas normal.

97L : Vous etes donc finalement pour le maintien de France Ô ?

Mon premier réflexe quand on a parlé de faire disparaître France Ô a été de dire oui car elle ne nous amène rien. Mais quand on y réfléchit bien, si on accepte sa disparition, c’est une partie de notre culture qui s’évanouit et nous sommes un bon million, voir deux qui vivent ici.

Le gouvernement Macron qui se dit ni de droite ni de gauche tente de nous refaire le coup de Sarkozy. En faisant disparaître France Ô, vous faites disparaitre tout un pan, toute la spécificité des Outre-mer. Nous sommes des ultramarins, nous sommes des Français (entièrement à part, on le sait depuis longtemps) mais nous sommes aussi particuliers parce que nous avons une histoire commune, que le français lambda n’a pas. Cette histoire doit se retrouver dans France Ô.

On a tendance à nous verser dans la diversité, le meilleur moyen de nous noyer dans l’anonymat. Est-ce qu’on voit les autres chaines de télevision parler des Outre-mer ? Nous ne sommes cités que lorqu’il y a du sang, des difficultés. Et je crains qu’en nous diluant définitivement dans ce truc là Emmanuel Macron aura réussi son coup.

97L : Quel type de téléspectateur êtes-vous ?

Personnellement je regarde tous les matins les journaux régionaux à partir de 6 h. Au cours de ce dernier mois il y avait des choses hyper intéressantes par rapport aux commémorations, mais le reste du temps mon temps d’écoute doit frôler les 10 minutes maximum. Je pense qu’il y a la place pour faire autre chose.

97L : Quelle télévision souhaiteriez-vous alors pour les ultramarins ?

Tout est ouvert. Il y a toute une série de télés privées ultramarines en Ile de France. Ce serait peut être l’occasion de les fédérer dans un seul holding. Il faudrait peut être donner plus de moyens à France Ô pour proposer autre chose que les télés novelas depuis tant d’années. Public, privé, l’important c’est que nous nous retrouvions.

97L : La ministre de la culture laisse les ultramarins et les élus décider de l’avenir de France Ô. Votre position ?

L’avenir pour qui ? France Ô c’est ici que ça se passe, nous sommes d’accord ? Je ne comprends pas pourquoi on consulterait les élus ultramarins. Qu’ils interviennent par patriotisme, bien sûr. Mais les concernés sont les ultramarins de l’hexagone. C’est une manière de botter en touche, de donner de l’importance à des gens qui ne sont pas impliqués et je m’y oppose catégoriquement.

De quel droit les élus ultramarins peuvent-ils dire s’il faut garder France Ô ou pas ? Dans ce cas, nous demanderons aux élus ultramarins comment ils voient le projet France Ô dans le cadre du renforcement de l’indépendance financière en région.

97L : Concrètement comment avoir l’avis des ultramarins de l’hexagone ?

Je m’oppose aux élus venant des Outre-mer mais il y a des élus dans l’hexagone, attachés à leurs iles d’origine qui sont à même de participer au débat. Ces gens-là devraient se regrouper, et nous citoyens être derriere eux pour dire à Macron :  » On ne touche pas à France Ô ou si on y touche c’est pour l’ameliorer ».

97L : Quid du projet du collectif Radio Ô pour une reconnaissance de nos cultures ?

On en est loin. On a inauguré une Cité des Outre-mer en 2017. Elle est devenue virtuelle par un tour de magie la semaine dernière.

En fait, nous sommes dans une époque oú on nous prend pour des cons… On nous parle de réflexe outre-mer.  Je suis en France depuis 50 ans. Nous savons tous très bien que les médias nationaux n’en ont cure de nous. J’ai voté Francois Hollande en 2012 pour protéger notamment France Ô. Si nous ne sommes pas capables d’imposer notre propre vision de ce que nous connaissons le mieux, l’outre-mer, ne soyons pas étonnés qu’on se laisse manipuler. Et il ne nous restera que nos yeux pour pleurer.

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