Société

Cuba ne représente aucune menace pour la sécurité des USA

Sir Ronald Sanders est Ambassadeur d’Antigua-et-Barbuda aux USA et à l’Organisation des États américains. Il est également maître de conférences à l’Institut d’Etudes du Commonwealth, l’Université de Londres, au Massey College et à l’Université de Toronto. Voici la traduction de son article : « Le droit d’une nation à choisir ses alliés ».

Nelson Mandela en 1990 est devenu le symbole du triomphe du bien sur le mal. Libéré de prison après 27 années de captivité pour sa position intransigeante face à l’apartheid et la déshumanisation des peuples noirs d’Afrique du Sud, il était universellement admiré. Sa marche depuis la porte de la prison Victor Verster vers la liberté a été suivie à la télévision par plusieurs millions de personnes émues, l’événement déclenchant une explosion de joie dans le monde.

Tous les dirigeants de la planète voulaient être immortalisés à ses côtés, même si certains d’entre eux tiquaient face à son refus de condamner certains leaders controversés.

En visite aux États-Unis un mois après sa glorieuse libération, Mandela a refusé de désapprouver le président de l’OLP Yasser Arafat, le cubain Fidel Castro et le dirigeant libyen Moammar Kadhafi – dénoncés par les gouvernements successifs des États-Unis et de certaines nations européennes.  « Notre attitude envers tout pays est déterminée par sa posture face à notre lutte », a déclaré le grand homme. C’était une déclaration de principe qu’il a répétée à maintes reprises lorsqu’il a été enjoint à critiquer Castro et Kadhafi. « Aucun État ne peut dicter à un autre ce qu’il doit faire. Ceux qui hier étaient les amis de nos ennemis ont aujourd’hui le culot de me dire de ne pas rendre visite à mon frère Kadhafi. Ils nous conseillent d’être ingrats et d’oublier nos amis du passé ».

Mandela nous donnait là une leçon simple mais efficace des relations internationales ignorées par les gouvernements puissants. Pour l’essentiel, Mandela reprenait la maxime «l’ennemi de mon ami n’est pas nécessairement mon ennemi» et, plus important encore, tout comme l’ingratitude est une qualité à déplorer dans les relations humaines, elle doit également être condamnée dans les relations entre États. Un tel comportement d’un État le marque comme non fiable.

Les pays du CARICOM entretiennent des relations bénéfiques avec Cuba. Lors de catastrophes naturelles dans la région, Cuba a été la première à intervenir quand bien même elle ait subi cette catastrophe. Conscients que les ressources intrinsèques de Cuba sont limitées, la volonté de son gouvernement et de son peuple de venir en aide à ses voisins leur a valu un grand respect. Cuba a également contribué de manière significative au développement des connaissances au sein du CARICOM, en formant ses jeunes grâce à des bourses, en particulier en médecine, pendant plus de quatre décennies. Il n’y a aucun pays de la CARICOM qui n’ait bénéficié de l’investissement cubain dans les sciences médicales, grâce à la mise à disposition de son personnel. 

Face à l’immense défi de la pandémie du COVID-19, Cuba a été d’une aide exceptionnelle en soutenant les équipes médicales des pays du CARICOM en fournissant des médecins et des infirmiers expérimentés, au péril de leur vie. Il n’est pas anodin que les pays de la CARICOM, ayant le plus faible de nombre de décès et le plus grand taux de guérisons pour les personnes infectées, aient été soutenus dans leurs efforts par le personnel cubain.
Par conséquent, cela ne devrait surprendre quiconque que les gouvernements régionaux n’aient pas réagi favorablement à un projet de loi, présenté au Sénat américain par les sénateurs républicains Rick Scott, Marco Rubio et Ted Cruz, cherchant à classer les brigades médicales cubaines comme entreprise de traite d’êtres humains, et appelant à des sanctions punitives contre les pays qui sollicitent leur intervention.

Comparer les brigades médicales cubaines à du «travail forcé» et accuser les gouvernements caribéens – et autres – de «trafic d’êtres humains» n’a aucun fondement.
Cet effort fait suite à des décennies de blocus américain contre Cuba qui s’est intensifié ces dernières années, contribuant au chômage, à la pauvreté et à la souffrance humaine. Les Cubains ont été privés des envois de fonds de leurs proches aux États-Unis, le trafic aérien et le tourisme de croisière y ont été interdits, les entreprises américaines ont été menacées de sanctions sévères en cas d’accord avec Cuba, et même des entreprises non américaines. Ces décisions ont fait perdre à certains Cubains leur emploi, affectant leurs familles.
Cuba est loin d’être parfaite, même si son gouvernement a fait d’énormes efforts en matière de services de santé et d’éducation gratuits au bénéfice du peuple cubain malgré l’embargo.
Ses dirigeants ne tolèrent pas la formation de partis d’opposition et le gouvernement réprime les voix protestataires qui, selon eux, sont encouragées et financées par des forces extérieures. Cela doit changer et il faut établir un système démocratique dans lequel le peuple peut choisir, sans ingérence, un gouvernement et une opposition lors d’élections libres.
Cependant, de telles règles démocratiques ne peuvent pas être établies dans un pays hors des normes internationales, dans l’intention de changer de régime et d’y restaurer le pouvoir au bénéfice d’intérêts exilés aux États-Unis, désireux d’installer une domination comme à l’époque post-castriste.

Le mois prochain, l’embargo commercial américain sera en place depuis 60 ans. Pour endurer cet extraordinaire écueil, il fallait des politiques et des pratiques hors du commun.
En tout état de cause, Cuba ne représente aucune menace pour la sécurité des États-Unis ou pour le bien-être de son peuple, ce qui préoccuperait profondément les pays de la CARICOM s’il en était ainsi.

Les pays de la CARICOM partagent avec les États-Unis un engagement fondamental en faveur de la démocratie. Ils sont également très attachés à une autre valeur partagée avec les USA : l’autodétermination. Ainsi, suivent-ils une ligne de conduite entre les États-Unis et Cuba, toujours prêts à œuvrer pour négocier la fin de l’embargo et promouvoir des relations normalisées entre ces deux nations, dans lesquelles la démocratie pourra prospérer. Mais aussi exercer leur droit de choisir leurs alliés.
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