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Colonel Reyel : Notre musique sert d’inspiration mais le reste se fait sans nous 

En rencontrant Colonel Reyel, de son vrai nom Rémi Ranguin, on ne peut s’empêcher de penser à la phrase d’Andy Warhol « A l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité ». Mais heureusement, la vraie vie ne se limite pas qu’aux strass et aux paillettes. 

@ColonelReyel

97Land : Peut-on dire que pour toi, il y a un avant 2011 et un après ?

Effectivement c’est la période où j’ai connu mes plus grands succès dans la musique. Avant 2011, je m’étais quand même fait connaître dans le milieu underground à Paris et de la communauté.

En 2011, je connais un certain succès sur la scène nationale, qui n’était pas prémédité et ce grâce au titre : Celui, bien diffusé sur les ondes. S’en est suivi un album. Débutent les tournées, dans toute la France… Par la suite il a été plus difficile de se maintenir : déjà au niveau du rythme infernal. Radios, télés, presse people, sollicitations diverses, shows… Je n’y étais pas préparé. J’ai été hospitalisé, parce qu’à un moment, je n’en pouvais plus. C’était vraiment épuisant. J’ai revu mes priorités et j’ai décidé d’écouter mon cerveau et mon corps. Ça n’a aucun rapport avec le fait qu’on ne m’entende plus ensuite. On reste cantonné comme musique de l’été et des que d’autres artistes arrivent avec le même format il y a du « dégagisme ». Ton téléphone sonne de moins en moins. Tu ne sais plus sur qui tu peux compter : les filles, les amis… Reste la famille. J’ai continué par la suite mes petits projets avec beaucoup moins d’exposition mais toujours autant d’envie.

En 2011, je suis arrivé comme un cheveu sur la soupe

97L : Que reste-t-il de cette période ?

Des souvenirs bons comme moins bons. Le succès ça peut être très perturbant croyez-moi. Mais le fait d’avoir touché un grand nombre m’a permis de me constituer une fan base toujours très active 8 ans après. J’ai ma communauté qui me suit, qui me permet de me présenter en show tous les week-ends et de continuer à avoir une certaine visibilité tant sur les réseaux sociaux que sur les plate-forme car la musique a beaucoup évolué : les jeunes consomment la musique sur Internet par streaming. Mon public, des vrais passionnés, me suit et je peux dire que je suis content.

Un trophée YouTube pour les 300 000 abonnés de sa chaine @ColonelReyel

97L : Qui sont tes fans ?

C’est varié : il y en a de la communauté, qui me suivent depuis mes débuts, d’autres m’ont connu en 2011 et me restent fidèles, de la ménagère de 50 ans à l’étudiante qui a grandi entre-temps…

Il y a un renouvellement aussi, je le constate dans mes shows avec un public de 18 à 25 ans, tout jeune quand je passais à la télé. C’est grâce à cette jeunesse que je peux me produire tous les week-ends.

97L : Les années ont passé. Tu as mûri tant physiquement que musicalement. Comment définis-tu la musique que tu produis ?

La musique que je veux faire, c’est celle qui me ressemble le plus, qui reflète le plus mes aspirations culturelles. Je suis un guadeloupéen né à Paris. Forcément dans ma musique on va retrouver  des influences caribéennes. A la maison on écoutait beaucoup de zouk, de musique traditionnelle mais en même temps, mon frère et moi avons été imprégnés de musique française. On regardait Jacques Martin le dimanche, Michel Drucker ensuite. Le fait aussi d’être en banlieue nous a aussi permis d’accéder à la musique urbaine, le rap, le dancehall et donc je suis un medley de toutes ces influences.

En 2011, je suis arrivé comme un cheveu sur la soupe. On n’avait pas l’habitude de ce genre de musique dans l’hexagone. J’ai utilisé parmi les premiers l’Auto-Tune et quand on entend les succès d’aujourd’hui, on peut dire que les Antilles ont eu une forte influence dessus. Écoute Aya Nakamura ou Dadju, ça fait penser à la musique qu’on jouait chez nous depuis longtemps. On a beaucoup apporté à la musique. Par contre, le retour se fait attendre.

97L : Pourquoi notre musique ne perce-t-elle pas ?

Notre musique sert d’inspiration. Le problème c’est que pour le reste elle se fait sans nous.  Les maisons de disques françaises devraient s’intéresser à ce qui se fait chez nous. Ce qu’il faudrait c’est faire comprendre à ceux qui s’en inspirent qu’ils la feraient mieux s’ils nous consultaient au minimum. Je pense que chez les jeunes il y a des créateurs exceptionnels par exemple Lycinais qui a énormément de talent. Elle pourrait être, devrait être au niveau national. Si les médias de leur coté jetaient un oeil sur nos productions, il y aurait une prise de conscience de nos potentialités.

La nouvelle génération ne prend pas assez de risques.

97L : Avec ton titre Aurélie, on s’est servi de toi comme porte-drapeau de mouvement anti-IVG. Tu t’en es toujours défendu…

Actuellement il est difficile d’aborder de nombreux sujets. Mais ce n’est pas que dans la musique. Regarde les humoristes qui doivent faire attention à ne choquer personne. Il y a un politiquement correct qui concerne toutes les couches de la société. Chacun campe sur ses positions et dès que quelqu’un se sent attaqué, il réplique. Personnellement j’ai besoin de la musique pour exprimer mes ressentis et dépeindre la société. Si c’était à refaire, je le referais 1000 fois. On voit que l’avortement est un sujet sensible. Je ne détiens pas la vérité mais j’aime discuter, échanger. Et ce que je pourrais reprocher à la nouvelle génération c’est de ne pas prendre assez de risques. Il y a tant de choses à dire. Avec Aurélie, je marquais aussi ma différence. Je voulais dire : vous m’avez connu avec des chansons d’amour, je suis capable de faire autre chose.

@ColonelReyel

One Love avant fin juillet

97L : Ton actualité musicale

Le dernier projet date de 2016. J’ai clipé les 4 titres. Il y a un prochain album qui sortira avant la fin de l’année j’espère. Le 1er clip sera disponible avant fin juillet. Son titre One Love, c’est une exclu pour vous. Et j’aime ça. Tous les jours je compose, j’écris, je teste de nouvelles choses. Le conseil que je pourrais donner à un jeune est de tout faire par passion, ne pas croire que tout arrive instantanément, et aussi que le bonheur n’est pas dans des chiffres.

97L : Ton rapport avec la Guadeloupe ? 

J’y suis très attaché. C’est une partie omniprésente de ma vie. Je suis les infos, l’évolution  musicale. J’y vais dès que possible. On est en contact au quotidien avec les cousins sur place par les réseaux sociaux. On pourrait dire que je vis à l’heure de la Guadeloupe.

97L : Une de tes chansons France 97 est une ode au football antillais.

En quelques extraits  : … « Football Guadeloupe c’est un Trésor

De Marius à Lemar en passant par Wiltord…

… Si ya pas d’doublé d’Thuram y a pas d’doublé d’Zidane…

France 98, France 97 sans

Les Antilles que c’serait

La sélection seul Dieu sait …

… Un noir qui réussit toi même tu sais

Alors cours Martial laisse les juger

Souviens toi ils ont tiré sur Anelka

Or que serait le foot français sans le football Mada ? »…

Ecoute la chanson en entier, j’ai tenté de rendre hommage à nos joueurs. C’est ma modeste contribution en leur honneur.

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