Société

Coates : C’était il y a 150 ans et c’est maintenant

La réponse de Ta-Nehisi Coates, applaudie par l’acteur Danny Glover, aux déclarations du chef de la majorité au Sénat Américain, Mitch McConnell, 77 ans, déclarant que les Noirs américains ne devraient pas recevoir d’indemnisations pour « quelque chose qui s’est passé il y a 150 ans ».

 

Interrogé sur les réparations, le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a sorti son antienne : l’Amérique ne devrait pas être tenue pour responsable de « quelque chose » qui s’est passé il y a 150 ans, puisqu’aucun de nous actuellement vivant n’en est responsable, cette réfutation proposant une étrange théorie de la gouvernance, selon laquelle les comptes américains seraient liés d’une manière ou d’une autre par la durée de vie de ses générations.

Les États-Unis, il n’y a pas si longtemps, versaient des pensions aux héritiers des soldats de la guerre civile. Nous honorons les traités datant de plus de 200 ans, bien que personne en vie ne les ait signés. Beaucoup d’entre nous aimeraient n’être taxés que pour ce dont nous sommes seuls et individuellement responsables, mais nous sommes des citoyens américains et donc liés à une entreprise collective qui dépasse notre individu et notre personne.

Il semblerait ridicule de contester les invocations des fondateurs, sur la base d’un manque d’appartenance à un groupe ou autre. Nous reconnaissons notre lignée comme un héritage, et le véritable dilemme posé par les réparations est précisément cela : le dilemme de l’héritage. Il est impossible d’imaginer l’Amérique sans l’héritage de l’esclavage.

Comme l’a écrit l’historien Ed Baptist, l’esclavage a «façonné tous les aspects cruciaux de l’économie et de la politique» de l’Amérique, de sorte qu’en 1836, plus de 600 millions de dollars, soit près de la moitié de l’activité économique aux États-Unis, provenaient directement ou indirectement du coton produit par les esclaves. Au moment de leur émancipation, en 1860, ils constituaient le plus grand groupe actif en Amérique, d’une valeur de 3 milliards de dollars d’époque.

La méthode utilisée pour faire prosperer cet actif n’était ni en les cajolant, ni par la persuation, mais bien par la torture, le viol et la traite des enfants. L’esclavage a régné pendant 250 ans sur ces côtes. Quand il a pris fin, ce pays aurait pu étendre ses principes sacrés – vie, liberté et recherche du bonheur – à tous, sans distinction de couleur. Mais l’Amérique avait d’autres principes en tête. Et, pendant un siècle après la guerre civile, les Noirs ont été soumis à une campagne de terreur sans relâche, une campagne qui s’est achevée avec le mandat du chef de la majorité, McConnell.

Il est tentant de séparer cette campagne de terreur, de pillage, de l’esclavage en lui-même, mais la logique de l’esclavage, de la suprématie blanche ne respecte aucune limite et a engendré de nombreux héritiers : Credit-bail; lois sur le vagabondage; Redlining et les projets de loi racistes GI…

Nous reconnaissons que M. McConnell n’était pas en vie pour Appomattox, mais bien là pour l’électrocution de George Stinney, pour l’aveuglement d’Isaac Woodard, ou pour assister dans son Alabama natal à un régime fondé sur la fraude électorale.

Le chef de la majorité, McConnell, a évoqué hier la législation sur les droits civils – il devrait le faire, car il est  témoin du harcèlement, de l’emprisonnement et de la trahison des responsables de cette législation par un gouvernement qui avait juré de les protéger. Il était vivant pour la ligne rouge de Chicago et le pillage des propriétaires noirs pour 4 milliards de dollars. Les victimes de ce pillage sont vivantes aujourd’hui. Je suis sûr qu’elles aimeraient parler avec le chef de la majorité.

Ce que le comité doit savoir, c’est que pendant que l’émancipation bloquait la porte contre les bandits d’Amérique, Jim Crow ouvrait grand les fenêtres. Et c’est ce qui concerne le «quelque chose» du sénateur McConnell : c’était il y a 150 ans. Et c’est juste maintenant.

La famille noire typique de ce pays a un dixième de la richesse de la famille blanche typique. Les femmes noires meurent en couches quatre fois plus que les femmes blanches. Et il y a bien sûr la honte de ce pays de la liberté, qui se vante de la plus grande population carcérale de la planète, dont la majorité est celle des descendants des esclaves.

Il ne s’agit pas seulement de réparation mais aussi de citoyenneté. Dans le HR 40, cet organe peut affirmer que cette nation a à la fois un crédit et un débit. Que si Thomas Jefferson compte, Sally Hemings également. Que si le jour J est important, le Black Wall Street l’est aussi. Que si Valley Forge compte, Fort Pillow également.

En réalité, la question n’est pas de savoir si nous allons être liés à quelque chose de notre passé, mais si nous sommes assez courageux pour être liés à l’ensemble. Je vous remercie.


La législation HR 40  » Path to Restorative Justice  » est un projet de loi  visant à étudier et mettre en place une commission chargée d’étudier les propositions de réparation et de s’attaquer à «l’injustice fondamentale, la cruauté, la brutalité et l’inhumanité de l’esclavage aux États-Unis et dans les 13 colonies». entre 1619 et 1865. « 

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