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(Coup de gueule) Claude Lange : Qu’avons-nous à Paris qui soit à nous ? Rien !!!

Claude Lange est un musicien et animateur télé originaire de la Martinique, bien connu des zoukgoldeurs de la region parisienne. Mais cette fois, ses sourires et trémolos sont restés au vestiaire. C’est un homme dépité que nous rencontrons.

97L : Racontez-nous les raisons de votre colère. 

Samedi dernier, j’ai organisé à Poissy une soirée retro années 80,90 comme j’ai l’habitude de le faire. Il y avait Jean Luc Alger, Patrick Benoît, Jocelyne Varane, Pierre Fronton, Erica Azur… Ça c’est tres bien passé. Le technicien son a posté sur son mur Facebook le commentaire suivant :  » Super belle soirée avec de vrais artistes ». Un compatriote à qui cela n’a pas plu, s’est permis de dire : « Quels vrais artistes ? Chanter des titres qui datent. Que font-ils de bon pour la communauté  ? ».

Je l’ai très mal perçu. J’ai choisi de faire des prestations avec ces artistes car si mes parents m’ont élevé, m’ont appris à parler, marcher, grandir, eux font partie de ceux qui ont fait mon éducation musicale. Alors apprenons à respecter les nôtres.

OM5TV et le Club Section Zouk aux mains d’africains

97L : Rien d’extraordinaire à ce qu’un internaute méprise un style musical ou traite des anciens de « has been »…

Critiquer c’est facile et cela fait partie de nos habitudes. Mais si on veut se révolter, si l’on veut dénoncer  nos incohérences, il y a des sujets que l’on peut aborder comme le fait qu’une télévision dite antillaise OM5TV dédiée à l’outre-mer soit vendue pour nos frères africains,  je dis bien nos frères africains, sans que cela ne sucite de réactions de notre part. J’apprends ensuite que le Club Section Zouk bâti et conçu par un antillais malheureusement décédé aujourd’hui, tout en respectant le gérant actuel, a été loué à des africains.

L’antillais, il faudrait à un moment qu’il arrête de critiquer ses frères qui organisent, qui tentent des choses et que nous montions au créneau ensemble pour nous défendre. Qu’est-ce que nous avons qui soit à nous à Paris ? On n’a rien du tout à part aller nourrir les étrangers.

Tout ce que nous avons, on le vend, on le laisse

pour les autres

97L : On vous sent amer.

Je suis quelqu’un de très ouvert même si je ne parle pas beaucoup mais j’ai horreur de la « pwofitasyon ». Je ne peux supporter qu’on puisse sans arret dire du mal les uns des autres, « s’entretuer » par les mots, poursuivre la méthode remontant à l’esclavage du « diviser pour mieux regner ». Notre culture est très riche. Mais tout ce que nous avons, on le vend, on le laisse pour les autres. Lorsque l’on regarde bien, nous ne possédons rien. Il y avait à mon arrivée à Paris la place des Antilles, un ensemble de commerces. On avait la possibilité d’y faire pas mal de choses, de s’y retrouver. Disparu. Il y avait des magasins exotiques antillais : ils n’existent plus. Mais nous savons acheter sans problème chez les autres.

97L : Mais vous, concrètement, que faites-vous, de votre côté pour que cette communauté avance ?

Moi je fais pas mal de manifestations pour qu’on n’oublie pas nos artistes.  Je crois en ma culture. Je le fais dans le sens du partage, pas seulement pour les antillais, mais pour tous ceux qui veulent nous connaître qu’ils soient africain, métropolitain ou d’ailleurs. Celui qui chante est là pour véhiculer son savoir, sa culture à travers sa musique. Quand j’apprends qu’un de nos artistes se produit régulièrement au Maroc, (je parle de Thierry Cham), on ne le dit nulle part. Pas un antillais ne s’en réjouit.  Pourtant il porte nos traditions au delà de nos terres.

97L : Apres ce coup de gueule, vos projets ?

Il y a des projets musicaux à venir. Je sais que certains artistes sont prêts à travailler avec moi. J’ai démissionné d’OM5TV pour les raisons énoncées plus haut. Je vais travailler sur Télé Antilles avec Jean Francois Saint Louis qui pour moi fait vraiment le travail communautaire.

Nos artistes antillais que vont-ils devenir ?

97L : N’avez-vous pas peur d’être accusé de racisme ?

Pas du tout. Déjà la personne qui a mis le commentaire qui a déclenché mon ire est un compatriote. Mais si je le rencontre demain, je lui serrerai la main. Ensuite je suis prêt à travailler avec nos freres africains qui sont des êtres humains comme nous et ont besoin de vivre. J’aurais préféré que ce qui était à nous le reste. Les autres s’activent, tant mieux pour eux, tant pis pour nous. Mais ce qui se passe est tout de même dramatique. Tous nos artistes antillais que vont-ils devenir ? Un media en moins, une boîte en moins… Ce n’est pas là-bas qu’ils passeront oú ils se produiront à part 1 ou 2… J’assume totalement mes propos.

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