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Chaben ton œuvre d’art ne saura remplacer le drapeau national rouge-vert-noir issu des luttes de notre peuple

LETTRE OUVERTE A ALFRED MARIE-JEANNE PAR ALAIN DE VASSOIGNE, dit VASKO

A un moment où notre pays est au plus mal, où il souffre d’un sous-développement endémique, où le chômage impacte plus de 40 % de sa population (plus de 50 % chez les jeunes), où il se vide de ses forces vives et est victime d’un véritable génocide par substitution de population par d’autres « venus du froid » ;

A un moment où le pouvoir colonial Français Macroniste montre son mépris et son cynisme envers nos populations dans les dossiers du chlordécone et des sargasses, multiplie les attaques contre notre pays (octroi de mer, réduction des abattements fiscaux, augmentation des impôts, etc…) ;

A un moment où la classe politique toutes tendances confondues, en l’absence d’un projet politique et économique, se montre incapable de trouver des solutions aux problèmes fondamentaux que sont le chômage, la santé, les transports, le pouvoir d’achat de la population ; Voilà que la CTM que tu présides lance, comme un cheveu dans la soupe, à grand renfort publicitaire, un « casting » pour la création d’un « drapeau Martiniquais » et d’un « hymne national » pour la Martinique, comme s’il s’agissait d’un banal divertissement de télé-réalité, avec de l’argent public en plus, donc notre argent à tous. Mais qu’est-ce qui a bien pu décider la coalition qui dirige la CTM a te suivre sur ce terrain-là ? « Claude », « Yann », « Miguel », « Francis » se seraient-ils convaincus qu’il était temps que la Martinique passe du statut de Collectivité Française à celui d' »Etat-Nation ». Ou bien aurais-tu pris cette décision sans leur demander leur avis ?

BIEN PLUS QU’UN SIMPLE MORCEAU DE TISSU…

Bien plus qu’un morceau de tissu peint, un drapeau national représente un symbole fort de lutte pour un peuple, pour une Nation. Un drapeau est une marque de ralliement derrière lequel un peuple tout entier se reconnait en tant que peuple. Cela a été le cas pour le drapeau Français créé pendant la révolution française en 1789. Un drapeau est un signe unique qui montre la constitutionnalité d’un groupe, d’un pays, d’une nation.

LA MARTINIQUE A DEJA SON DRAPEAU, AUX COULEURS ROUGE/VERT/NOIR !

Exactement comme défini plus haut, le drapeau Martiniquais n’a pas dérogé : il est né et s’est développé dans les luttes de résistance de notre peuple. Des témoignages tentent à prouver que les couleurs rouge, noir et vert seraient déjà brandies lors de l’insurrection du sud de la Martinique en 1870 qui fut sauvagement réprimée. Ce n’est donc pas un hasard si ces couleurs auraient, parait-il, accompagné l’action courageuse des militants de l’O.J.A.M. (  » LA MARTINIQUE AUX MARTINIQUAIS! » ).

Une chose est sûre, le drapeau Martiniquais a été créé, c’est-à-dire dessiné dans sa forme actuelle, par les militants du M.L.N.M. (premier groupe indépendantiste clandestin depuis l’OJAM, créé en 1967 dans les hauteurs et sous- bois de Ste-Marie). Guy CABORT-MASSON, membre du MLNM, prit l’initiative, aidé en cela par Renaud DEGRANDMAISON, de faire découvrir et vulgariser le drapeau lors d’une manifestation à Fort-de-France. Cela a contribué à laisser croire qu’il en avait seul la paternité.

Mais il faut lui reconnaître cette volonté de vulgarisation de notre drapeau puisqu’il le fit connaître dans l’émigration. l’A.G.E.M. (Association Générale des Etudiants de Martinique), surtout la section de Paris, divulgua notre drapeau non seulement dans la diaspora Antillo-Guyanaise, mais aussi aux yeux du monde. Il faut dire que nous étions aux lendemains de la révolution de Mai 68, que le monde était en effervescence avec les guerres du Vietnam, Laos, Cambodge, etc… avec la révolte des noirs Américains menée et organisée par les « Black- Panthers », avec les luttes clandestines contre les dictatures. Notre drapeau, pensait l’AGEM, avait toute sa place dans ce contexte.

Depuis, notre drapeau accompagne et flotte au-dessus des luttes sociales (comme la grande grève de février 1974) et aussi les combats des organisations patriotiques des années 70 ( « G.A.P. », « SEPTEMBRE 70 », « MARRONEURS », « RASSEMBLEMENT », PATRIOTES DU NORD », « PATRIOTES DU SUD »… Il fait également la « Une » de SIMAO, organe de presse du FRONALIMA (Front National de Libération de Martinique) créé (1977) par Guy CABORT-MASSON et Frantz AGASTA, camarades combattants dont je salue la mémoire. Et puis, il y avait à côté du camp patriotique, la « PAROLE AU PEUPLE » (qui allait devenir « MIM-LA PAROLE AU PEUPLE » puis « MIM »), dont je faisais partie, ayant suivi « Loulou » (Marc PULVAR) lorsqu’en 1973 il a décidé de faire notre organisation « Forces Populaires » intégrer « La Parole au Peuple ». Ce qui ne m’empêchait pas d’être militant des « Patriotes du Nord » au sein du « Camp Patriotique ». C’était une tolérance de Loulou…

LE « MIM – PAROLE AU PEUPLE » ET LE DRAPEAU…

A la fin des années 70, rappelle-toi, Chaben : structurés en « Sections » dans plusieurs communes, même si celle de Rivière-Pilote restait le « bastion » du mouvement, nous étions en plein travail de réflexion et de réorganisation, prêts à appliquer les orientations I.E.M.O. (Informer, Eduquer, Mobiliser, Organiser) présentées par Loulou qui était devenu l’idéologue incontesté du mouvement.

Il faut dire aussi que, n’ayant pas pris part jusque-là aux luttes sociales du camp patriotique, le temps de la réflexion et de la remise en cause d’une pratique autocentrée sur Rivière-Pilote, était devenue une nécessité après les événements de CHALVET. Rappelle-toi, Chaben, c’était aussi le temps de positions claires et radicales face aux élections Françaises. C’était l’époque de tes discours enflammés au marché de Rivière-Pilote contre les méfaits du colonialisme, c’était l’époque où nous clamions qu’un député « ça ne sert à rien ».

Pendant cette période furent organisés des séminaires, des commissions ont été créées. A l’un de ces séminaires, en Mai 1981, la question d’avoir un emblème, un drapeau que le MIM allait adopter et défendre, était inscrite à l’ordre du jour, tout comme, entre autres, l’alliance avec les autres groupes nationalistes et trotskistes. Cette question du drapeau eut pour conséquences de provoquer le premier et retentissant éclatement au sein du MIM, déjà fragilisé par l’expulsion du Mouvement le 20 février 1980, à ta demande, des camarades FERDINAND, LOUIS-REGIS et PLATON sous le prétexte fallacieux de « fractionnisme », par un petit groupe dirigeant de la Section de Rivière-Pilote auto-proclamés dirigeants du MIM. La méthode avait créé l’émoi et la réprobation de bon nombre de militants. Et puis, rappelle-toi, il a fallu prendre une décision pour le drapeau, deux propositions étant mises au vote, celle de Loulou soutenue par toi d’un drapeau rouge et noir, et celle de la grande majorité des militants qui demandaient de reconnaître définitivement comme drapeau national le drapeau historique rouge, vert et noir. Vous avez employé des méthodes inqualifiables et inacceptables pour une organisation comme la nôtre.

Tu te rappelles, Chaben ? Nous avons réagi immédiatement en démissionnant le soir même, puis nous avons rédigé une lettre de démission aux militants le 13 Mai 1981, fait historique pour un mouvement dans lequel nous avions fondé tant d’espoirs. Comme tu vois, Chaben, Jean-Philippe n’a rien inventé… Nous sommes partis bien avant lui. Dès cette époque, Chaben, tu as « pris en grippe » et détesté tous ceux qui étaient partis, faisant d’eux, MALSA et LOUIS-REGIS en tête, les ennemis à combattre désormais, ainsi que les symboles qu’ils défendent.

GARCIN MALSA ET LE DRAPEAU…

Certes, Chaben, le MIM a continué son chemin, engrangeant devant le vide laissé par le « moratoire », de plus en plus de victoires électorales, mais en s’éloignant de plus en plus de l’idéal qui nous animait dans les années 70 et en lequel Loulou, qui s’était investi dans l’action syndicale et que je rencontrais quelquefois, continuait à croire : l’indépendance nationale de la Martinique. Est-ce un hasard si lui aussi est parti ? Garcin MALSA, lui, s’est présenté aux élections de Ste-Anne dont il est devenu le maire. En Octobre 1995, Garcin MALSA décide, avec les militants qui l’entourent à la tête de la municipalité, de hisser devant les bâtiments de la mairie seulement le drapeau national rouge vert noir qui flottait déjà au-dessus de tous les ronds-points du territoire saintannais. Le préfet lui intima l’ordre de l’enlever. Il refusa. Il fut poursuivi et condamné par les tribunaux à l’enlever. Il refusa.

Il fallut attendre le passage officiel de Dominique VOYNET pour qu’un compromis soit trouvé : les deux drapeaux, celui de France et celui de Martinique, seraient hissés devant la mairie. Rappelle-toi, Chaben. Depuis, « on » a mené sans cesse une campagne acharnée pour faire croire aux Martiniquais que leur drapeau était en fait « le drapeau de Garcin MALSA ». Il n’empêche que le drapeau, petit à petit, est devenu le seul emblème de fierté pour bon nombre de Martiniquais et qu’il flottait, conquérant, au-dessus de la Maison des syndicats et dans les rues de Fort-de-France pendant la grande greve de 2009. Tu te rappelles, Chaben ?… Tu étais là.

DES LORS, POURQUOI CE DIT «CONCOURS», ET POURQUOI MAINTENANT ?

Mais qu’est-ce qui t’a pris de te lancer dans cette opération de concours pour un nouveau drapeau ? Ton argument est que c’est pour les sportifs… Attends, tu te moques de qui ? Tu sais très bien que les sportifs, même en équipe nationale, portent sur le dos ce qu’on leur demande de porter. La preuve, on les fait jouer ou courir depuis des années avec les couleurs des bateaux négriers, le blanc et le bleu, et ils n’ont jamais rien dit. On leur aurait rajouté les quatre serpents qu’ils l’auraient mis quand même. Ce ne sont pas les coureurs de la course du souvenir qui ont refusé de courir avec, dans leurs témoins, le parchemin de prise de possession de la Martinique par DESNAMBUC en 1635.

Les coureurs, et même les clubs, s’en foutaient. C’est bien la Ligue d’athlétisme qui a supprimé cette affaire en 1982. Je te fais remarquer que les équipes de Guadeloupe et de Guyane jouent avec leurs couleurs nationales depuis bien longtemps. Alors, cette histoire de drapeau et hymne « pour la Martinique » relève du folklore. En plus, tu mystifies des instances Caribéennes qui croient qu’il s’agira d’une représentation nationale. C’est carrément honteux. Quelle que soit la qualité artistique de celui qui aura gagné le concours, cela ne restera qu’une œuvre d’art, sans âme, sans signification, sans plus. Et puis personne ne sait qui fera partie du jury, Loulou, Daniel, toi même, peut-être, ou d’autres que tu paieras avec notre argent ?

Annou arété fè vakabonaji adan ti péyi nou-an. Arrête ça et excuse-toi, Chaben. Reconnais, comme l’a fait DI FALCO, que tu as commis une erreur, une maladresse. Gran nonm paka wont.

Tu l’auras compris, Chaben : ton œuvre d’art ne saura remplacer le drapeau national rouge- vert- noir issu des luttes de notre peuple, et que tu aurais dû adopter il y a longtemps. Tu en serais sorti grandi.

Il y a tant à faire aujourd’hui pour notre petit pays, que cette affaire en devient dérisoire. Par ce concours idiot, tu auras réussi, une fois de plus, à semer la discorde et la division. Sois bien sûr, et je t’en fais le serment : je serai de ceux qui refuseront la mascarade de la décalcomanie et qui continueront à défendre notre drapeau national.

Alain DE VASSOIGNE, dit VASKO
Militant anti-colonialiste
Ancien militant du MIM-LA PAROLE AU PEUPLE,
Ancien membre de la CSTM-EDUCATION
Ancien dirigeant de l’ASSAUPAMAR

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