Société

Cette joie de vivre des antillais a disparu : la peur et le regard de l’autre a pris le dessus

« Nul ne pouvait prévoir, que les Antilles seraient aussi prises dans la tourmente du coronavirus ». Le ressenti de Bernard Brando, ancien correspondant du Dauphiné Libéré et de La Gazette de Comminges, sur le brutal changement d’atmosphère en Martinique. Extraits d’un article paru sur le blog de Paul Tian.

« Tout a été réservé en mars 2019, époque où tout allait pour le mieux. Et 15 jours avant le départ le virus commence à faire parler de lui en Europe, au fil des jours il s’étend et prend de l’ampleur…

Samedi 7 mars direction Toulouse et envol pour Paris direction Fort de France… Nous sommes arrivés à l’heure prévue. Le temps de récupérer nos bagages et le véhicule location, la nuit commence à tomber.

Sous ses latitudes à 18h 30 il fait nuit noire. Aussi difficile de nous repérer pour trouver notre logement chez l’habitant. De plus mon GPS ne fonctionne pas, trop puissant pour l’ampérage de l’allume cigare.

Ça commence bien, tu arrives dans un pays où tu n’as plus mis les pieds depuis 30 ans, il fait nuit, tu n’as même pas une carte du pays puisque ton GPS est sensé marcher, tu tournes depuis une heure sans trop savoir où tu vas, les vacances à la Martinique, commencent à me gonfler…

En dernier recours j’appelle mon hôte qui arrive 20 mn après. Tout va bien dans le meilleur des mondes. On saute un repas car trop fatigués pour aller au resto du coin en bord de plage, On va se coucher…

À 8 heures on prend le petit déjeuner et on file au marché faire les courses.

On flashe sur une bouteille de rhum arrangé à la goyave juste pour goûter… On est vraiment antillais maintenant…

Nous sommes allés à la « Baignoire de Joséphine » qui comme chacun le sait était la 1ère femme de notre empereur Napoléon. L’histoire mais aussi le marketing ont fait dire que dans sa jeunesse Joséphine venait se baigner ici. Difficile à croire quant on sait que sa résidence « les 3 ilets » est à l’autre côté de l’ile et que les voitures n’existaient pas.

De plus il faut faire 3 km en bateau pour y arriver. Mais qu’importe les haut-fonds sont le prétexte à boire du punch et manger des tonnes d’accras avec de la musique…

Nous avons rendu visite sur un ilet aux iguanes, puis nous avons mangé un excellent repas avec une  langouste sur une ile privée où le regretté Carlos est venu faire la pub pour « Oasis c’est bon c’est bon »…

Bref notre séjour s’coulait tranquille entre la plage, la mer, le soleil, le punch, bien loin du coronavirus. Mais petit à petit il a décidé lui aussi de venir au soleil avec ses copains.

Petit à petit quelques cas sont apparus. Un bateau de croisière à été mis en quarantaine lundi 9 mars dans la rade de Fort-De-France quelques cas ayant été détectés.

Puis c’est au tour la Martinique, coronavirus s’invite auprès de la population.

Rien de bien méchant. Les antillais qui sont des personnes cool, vaquent comme toujours à leurs occupations. Les magasins sont pleins de touristes qui dépensent à tout va, les routes sont saturées à l’heure de pointe et même après.

Pour tous, le coronavirus n’est pas un tracas, d’ailleurs personne ne s’en soucie, la vie continue comme avant.

Mais lundi 16 mars tout change, là la panique s’empare des touristes et des locaux. Pour sortir il faut montrer pattes blanches.

Aussitôt les plages se vident : nous avions 2 km de plage pour nous trois. Plus de problème de stationnement. Tout le monde a disparu.

A Sainte-Luce, Sainte-Anne et bien d’autres village, plus un magasin n’est ouvert hormis ceux prescrits par le gouvernement, plus de punch attablé au bord de mer c’est fermé.

Touristes et locaux se ruent sur les petits supermarchés qui n’ont rien à voir avec les nôtres. En quelques heures c’est la razzia sur les stocks de nourritures et sur les boissons. Si bien que mardi soir le petit supermarché à 200 m de mon domicile a mis la clé sous la porte à 17 h : plus rien à vendre.

L’ile s’enferme petit à petit sur elle-même. Elle commence seulement à prendre conscience de la gravité de la situation et comme en métropole, plus de masque, de liquide hydroalcoolique, seul le punch est encore en circulation…

Ce qui est frappant ce sont tous ces villages au bord de la mer qui, il y avait 48h, fourmillaient de monde, les magasins, restaurants, bars étaient bondés de touristes. Aujourd’hui ce ne sont que des rideaux baissés, des rues vides et chacun se protège comme il peut.

C’est un coup dur pour l’économie locale, tous ces petits commerces faisaient le charme de l’ile. Cette joie de vivre qu’ont les antillais a disparu : la peur et le regard de l’autre a pris le dessus.

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