Société

C.Taubira : Il y a des policiers violents, racistes, antisémites. Personne ne peut affirmer le contraire.

Christiane Taubira livre à Arthur Nazaret pour le JDD son analyse sur le mouvement contre les violences policières et le racisme. Extraits.

 

« Quand Adama Traoré ou George Floyd meurent, c’est pareil : ce sont des hommes noirs qui meurent de leur rencontre avec des policiers. Le chagrin et les larmes sont les mêmes de chaque côté de l’Atlantique. Les différences résident dans l’organisation de nos systèmes : république fédérale contre Etat central jacobin. La consanguinité qui existe dans certains corps de police aux Etats-Unis n’a pas lieu chez nous. En France, il y a une institution judiciaire compétente sur l’ensemble du territoire et des enquêtes systématiques sur ces cas. Chez nous, des personnes meurent d’avoir rencontré des policiers, pas d’avoir rencontré la police…

… Il y a des policiers violents, racistes, antisémites, xénophobes. Personne ne peut affirmer le contraire. Il faut qu’on l’entende. Il peut aussi y avoir des politiques d’intervention policières violentes. La police française a parfois eu de grands directeurs, des chefs qui n’ont pas toujours fait le choix de la brutalité.

… On ne peut permettre que les forces de l’ordre soient décrédibilisées à cause d’un postulat considérant qu’il n’y a pas de faute possible, pas d’acte raciste possible, pas de bavure possible. On peut tacher l’institution tout entière en l’obligeant à couvrir des actes racistes commis de façon délibérée.

… Je veux que cette jeunesse entende que, même lorsqu’on l’exclut, elle a des droits, elle peut se battre. La France n’est ni parfaite, ni abominable, ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est comment le jeune qui se sent en danger à cause de sa couleur de peau peut rentrer chez lui tranquillement. Et c’est urgent…

Il y a eu incontestablement des violences contre les gilets jaunes. Et plus de violences sur ce demi-quinquennat que sur d’autres quinquennats. C’est un fait. La question, c’est de savoir pourquoi. Je crois qu’il y a entre ce gouvernement et la société une inintelligibilité phénoménale. Un mur d’incompréhension. Une incapacité à accéder à ce qui fait la vie des gens. Le gouvernement mène une politique anti-sociale mais ce n’est même pas par cynisme : c’est la violence de ceux qui ont la certitude d’avoir raison. Une violence tranquille, une violence hautaine…

Il y a chez Emmanuel Macron un véritable lyrisme aristocratique. Il dit vouloir se « réinventer ». C’est le lyrisme de celui qui se regarde, apprécie sa beauté, cherche à en gommer les points disgracieux. Nous n’avons pas besoin qu’il se réinvente : il est très attachant, sympathique et cultivé. Il ne s’agit pas de se réinventer, mais de comprendre comment nos institutions écrasent ceux qui n’y ont pas accès, comment elles contredisent nos propres principes, parce que lui-même ne met pas en œuvre des politiques publiques de solidarité. Je le dis alors que cela ne m’amuse pas de critiquer le gouvernement. Cette période est une période de bascule. Le président de la République la prépare peut-être de bonne foi, mais il est prisonnier de sa propre vision des choses. Et elle est nocive…

Confinement, déconfinement : c’est un vocabulaire de la passivité, un vocabulaire qui désarme les citoyens. Il faut réhabiliter le vocabulaire d’initiative, d’action, offensif. Commençons par cela. Ensuite, je vois un grand danger sur la question des libertés : la gauche n’a pas été exemplaire à ce sujet. Elle a parfois manqué de courage. Il faut qu’elle reconnaisse ses erreurs et cesse d’être inhibée. Pour sortir du précédent état d’urgence, le gouvernement actuel l’a inscrit dans la loi. C’était la pire façon de faire. Troisième point : l’économie. Les diktats actuels nous renvoient à la durée du travail, comme avant les 35 heures, alors que c’est la question du sens du travail qu’il faut poser. A quoi sert la productivité à outrance? Que dit-on de l’obscénité financière qui consiste à comprimer les salaires pour faire enfler les dividendes? Il faut dire que nous n’en voulons plus. On ne peut pas se permettre d’entrer dans le monde d’après dans ces conditions-là. Sinon, nous aurons bien cherché ce qui va nous péter à la gueule ».

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