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Breffu princesse africaine esclave, leader de rebellion, mais oubliée de l’histoire

Les rébellions d’esclaves dans les sociétés esclavagistes du XVIe au XIXe siècle sont l’oeuvre d’hommes déterminés autour d’un chef charismatique. Bien que les femmes soient totalement impliquées dans ces révoltes, elles en sont rarement les leaders. Breffu en est un contre-exemple à Saint-John.

Le matin du 23 novembre 1733, à St John, petite île des Antilles danoises (Iles Vierges), deux esclaves s’approchent à pas feutrés de la maison d’une famille de planteurs, les Krøyers. Les esclaves, Breffu et Christian, retiennent leur souffle en attendant un tir de canon depuis le fort de Coral Bay par leurs compatriotes, des Akwamus originaires du Ghana, peuple guerrier, leur signalant l’élimination des soldats et la prise du fort. Le signal donné, Breffu entre dans la maison, et tue les membres de la famille Krøyer.

Breffu, rejointe par d’autres Akwamus qui la reconnaissent comme leur chef, progresse de plantation à plantation, tue ensuite les membres de la famille Van Stell, l’une des plus riches de l’île. Les blancs sur leur route passent de vie à trépas. Seul le médecin, Cornelius Bödger, est épargné pour leur prodiguer des soins. C’est la panique. Les planteurs s’échappent vers d’autres îles par barque surtout vers Saint-Thomas.
Les Akwamus prennent le contrôle de la majeure partie de l’île, soumettant les autres Africains. En 1733, sur le millier d’esclaves des 109 plantations, les nouveaux maîtres sont environ 150.

Une troupe est envoyée pour disperser les rebelles qui se cachent dans la foret et mènent une guerre d’usure pendant 2 mois. Les Britanniques craignant la contagion à Tortola envoient une soixantaine de soldats. Les rebelles organisent une embuscade qui se solde par une défaite anglaise.
Au début de l’année 1734, les Danois dépassés par ce soulèvement reçoivent l’aide de la France. En mai, encerclés, 23 Akwamus et leur reine Breffu se suicident afin d’éviter d’être capturés à Brown Bay. Prince, un autre chef négocie un accord pour se rendre et reprendre le travail. Il est immédiatement abattu, sa tête coupée devenue un trophée. Les autres insurgés seront exterminés : brûlés, sciés, empalés au choix… Il s’agit de terroriser les autres ethnies.

Pourtant bien informé de l’identité des dirigeants insoumis, le gouverneur de St John, Phillip Gardelin, découvre avec stupéfaction que «l’un des chefs de la rébellion, Baeffu (sic), qu’aucun de nous ne connaissait et que nous supposions être un homme ayant assassiné Pieter Krøyer et sa femme, est… une femme ! »
Breffu s’habillait-elle comme un homme et masquait-elle sa féminité pour que les Danois ignorent son genre ? On imagine la fureur de ces misogynes d’avoir été à la lutte avec une personne du sexe faible. Malheureusement on sait peu de choses sur elle. Son nom n’apparaît sur aucun registre des Antilles danoises au début du 18ème siècle. Etait-elle réellement une Reine d’Afrique ? D’oú venait son autorité sur ces redoutables  guerriers ? Quelles étaient ses relations avec les autres rebelles ? Autant de questions sans réponse. Ce qui est sur, c’est qu’elle a mené l’une des rebellions d’esclaves les plus durables du Nouveau Monde.
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