Société

Aux Antilles, pas d’école. Marion Marechal elle, developpe la sienne.

Un peuple « noir » aux Antilles ? Pourquoi pas, mais surtout sans école ! Hasard de l’actualité, Marion Maréchal a lancé les inscriptions pour la filiale madrilène de son école de sciences politiques l’ISSEP avec comme ambition de former une nouvelle classe dirigeante au service de la Nation. 

@captured’ecran

Tout est ouvert en Guadeloupe et en Martinique, après le déconfinement. Les bars, les restaurants, les supermarchés, les plages, mais surtout pas les écoles. Tout le monde s’en fout. Aucune pétition pour la réouverture des écoles. Aucune prise de parole. Et pour une fois, nous pouvions nous appuyer sur l’expérience (en mal comme en bien) des personnels communaux et d’enseignants de l’hexagone qui pour certains ont repris depuis le 11 mai.

Pourtant, il y a eu des pétitions ces dernières années. Sur tous les sujets. Pour les vitres teintées des voitures, pour les sargasses, pour des billets A/R plafonnés à 450 € pour les étudiants antillais, pour que la Norwegian reste aux Antilles, pour l’adoption du drapeau rouge, vert et noir en Martinique, pour les animaux, pétition de l’association Bénévoles Chats Madinina intitulée « Halte aux empoisonneurs d’animaux en Martinique » (qui avait recueilli 4000 signatures), pour sauver Zouk TV, contre l’empoisonnement des habitants de la Guadeloupe et de la Martinique par le chlordécone, contre la lecture de Victor Hugo à l’école, pour la réouverture des plages…

La situation est stabilisée

Les signalements de personnes infectées par le coronavirus depuis plusieurs semaines ne se font que par des cas importés de l’hexagone et de la Guyane.
La situation est stabilisée, et s’il n’y avait pas eu le laxisme consternant des autorités en Guadeloupe et en Martinique, la naïveté des croisiéristes, gobant tout ce que les compagnies pouvaient leur asséner comme contre-vérités, et l’insoutenable légèreté de l’être stupéfiant qu’est le maire ou la mairesse en Guadeloupe et en Martinique, chantant et déboulant, toutes obédiences confondues, prenant des bains de foule populaires, nous en serions à 0 morts, assurément.

Ce sont les mêmes qui maintenant quand on leur parle de réouverture des écoles, parlent de Georges Floyd et sont en rébellion. (le courage des maires qui osent ouvrir les écoles malgré la pression des syndicats s’avère proprement prodigieux).

Les enfants jouent avec leurs voisins, vont dans les supermarchés mais leurs parents tremblent à l’idée de leur faire franchir les grilles d’une école. La « jenès ka ba la ri chen » mais pour leurs géniteurs, les collèges et lycées seraient des donjons covidiens.

Notons au passage que dans la Caraïbe, c’est le mutisme le plus complet. Au sein du Caricom, et de l’OECS, l’organisation des Etats de la Caraïbe de l’Est, les représentants des pays se sont murés dans le silence.

« Un genou à terre en Amérique ; rien voir, rien entendre, rien dire, c’est la posture haïtienne », a pu s’étonner le Nouvelliste. L’intellectuel antillais, et certains maires, sont-ils parvenus à l’apogée du rut avec leur peuple ?

Nous rassurons nos internautes. En fait, à 97 Land, nous n’utilisons pas ce genre d’expressions.
Mais quand celui qui utilise un tel vocabulaire est Frantz Fanon, nous prêtons forcément l’oreille.

Et puis, comment peut-on parler de Georges Floyd pour justifier le maintien de la fermeture des écoles ?
La décence doit être de mise.

 « Si je pousse un cri, il ne sera point nègre » (Fanon)

Nous avions abordé récemment les nouveaux développements sémantiques du mot aliénation, avec la présentation d’extraits des pensées d’Yves Leborgne. Pour ce dernier, le mot aliénation lui paraissait tout indiqué pour expliquer la situation des intellectuels antillais (ou supposés), de nous-mêmes, et de notre jeunesse. « Le mot aliénation, me paraît tout indiqué dans le sens que Fanon lui a donné dans ses œuvres ; nous avons opéré une espèce de faux-retour à l’identité ». Autrement dit, nous sommes effectivement aliénés, mais des aliénés à l’envers, offrant une copie lamentable par nos gesticulations, nos vociférations, nos revendications, et l’absence de tout développement concret et objectif de nos vaines agitations.

On pourrait supposer que le brillant professeur de philosophie se soit égaré de temps à autre, pour porter des jugements aussi sévères sur ceux qui dominent les courants de pensée actuels aux Antilles, et nos décideurs.
Rien de tel que d’aller à la source même du théoricien de l’aliénation. Mais nous eûmes beau relire l’auteur des Damnés de la terre, le jugement porté sur ces mêmes intellectuels et leur zélateurs était encore plus tranchant.

Difficile de trouver un penseur qui ait autant laissé peu de place à la notion de race comme indicateur d’une identité, d’une culture nous livre Gaston Kelman dans le Figaro/Vox.
« Lorsque parvenu à l’apogée du rut avec son peuple, l’intellectuel (noir), décide de retrouver le chemin de la quotidienneté, il ne ramène de son aventure que des formules terriblement infécondes. Il privilégie les coutumes, les traditions et les modes d’apparaître et sa quête forcée, douloureuse ne fait qu’évoquer une banale recherche d’exotisme ». Car une fois libéré, il devra construire son univers et pas en simagrées ni en formules infécondes d’aliéné, nous précise Gaston Kelman.

Kelman détache alors cette citation de Fanon.
« Qu’est-ce que c’est que cette histoire de peuple noir, de nationalité nègre ? Je suis français. Je suis intéressé à la culture française, à la civilisation française, au peuple français… Je suis intéressé personnellement… à la nation française. Qu’ai-je à faire d’un empire noir ? ».

Oui, vous avez bien lu. C’est Fanon qui se revendique en tant que français !
Parce que nous précise le commentateur, dans le prolongement de ces citations qui nous laissent tout de même perplexes, Fanon ne veut pas être prisonnier de l’Histoire. Il ne veut pas demander « à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable des négriers du XVII ème siècle ». Il ne se reconnait « ni le droit, ni le devoir d’exiger réparation pour ses ancêtres domestiqués ». S’il peut être très heureux de savoir qu’il exista une correspondance entre tel philosophe nègre et Platon, il ne voit pas ce que « ce fait pourrait changer dans la situation … en Guadeloupe et en Martinique ».

Dans sa réponse à Sartre, Fanon précise. « Si je pousse un cri, il ne sera point nègre ». Il n’ y a pas de cri de couleur.
Il n’y aurait donc que le cri de douleur.

« Le Nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc ».

Vincent Placoly dans l’ouvrage d’Alain Brossat et de Daniel Maragnes aux Editions Caribéennes, se faisait tout aussi catégorique.
« Pour moi être nègre dans les Antilles d’aujourd’hui, c’est d’abord s’ouvrir au monde, sortir du ghetto dans lequel le colonialisme nous a enfermés… Il existe actuellement tout un courant d’attitudes qui se voudraient nationalistes, mais qui sont en réalité culturalistes et négristes.
Il faut se rendre compte que la pensée vraie, réelle, dialectique et constructive, on ne l’a jamais laissée pénétrer dans nos pays. En fait de pensée, on ne nous a jamais permis que d’imiter ce que les autres ont de plus caricatural.
Résultat, il est en train de régner ici, une paresse intellectuelle crasse.
Qu’est-ce que l’intellectuel antillais actuellement, c’est un paresseux. Je ne vise personne en particulier. J’essaie de situer un moment historique ».

Avant il fallait être blanc maintenant il faudrait être noir et jeter le reste

Roland Suvélor, lui, ne pouvait que rester également dans sa logique d’universalisme culturel. Sa grande culture, nous précisent Brossat et Maragnes, le portaient à plaider en faveur d’une rencontre entre l’aspiration de la jeunesse de son pays à une identité culturelle et la culture occidentale.

« Ce que j’estime valable, dans la perspective ancienne de Césaire, c’est ceci : il faut que l’Antillais sache ce qu’il est ; ce qu’il est, c’est son histoire. J’estime cette démarche valable, à titre thérapeutique, pour ainsi dire. Mais il ne s’agit pas de reproduire le travers inverse à celui que nous avons connu par le passé : avant il fallait être blanc, et rejeter tout ce qui était noir. Maintenant il faudrait être noir et rejeter tout le reste. Mais l’individu peut-il décréter de façon volontariste : je ne suis qu’un nègre, c’est-à-dire : je ne suis et ne veux être que cela.
Ces formes de rejet deviennent extrêmement dramatiques lorsqu’elles se caractérisent ainsi, chez les jeunes, par des pétitions de principe. J’en parle en connaissance de cause, je suis enseignant. Ici, vous n’obtiendrez pas des élèves qu’ils lisent Balzac. Ils veulent Glissant, Césaire. Mais comme un Césaire, qu’on le veuille ou non, s’inscrit dans une certaine tradition française, ils n’y comprennent strictement rien. Et de la sorte, on se crée de faux ennemis. Et dans le même temps, il ne leur viendra pas à l’esprit de combattre la culture occidentale. Prenons l’exemple du rappeur Jul, avec sa chanson Sousou – nous nous sommes permis de trouver un représentant de la nouvelle musique urbaine française – que les jeunes eux-mêmes trouvent nuls, mais qu’ils plébiscitent parce qu’il a « un bon fond ».

Le résultat est donc qu’ils ne lisent rien : ils ne lisent pas Baudelaire ou Stendhal, puisque ce sont des auteurs blancs et en dehors de leur culture ; et ils laissent tomber Césaire au bout de deux pages, puisque n’ayant pas lu les autres, ils ne peuvent lire Césaire ».

Roland Suvélor avait vu juste, puisqu’une jeune fille martiniquaise avait décrété qu’il ne fallait pas lire Victor Hugo, parce que celui-ci proférait d’affreuses opinions bien racistes et colonialistes de son temps. Elle est devenue, il y a peu, l’égérie de mouvements contestataires.

Et dès l’hypothétique rentrée de septembre, nos jeunes feront des pétitions pour ne plus aller à l’école. Puisque tout le monde s’en moque ! De toute façon, c’est moins important que le carnaval, à fort ancrage identitaire, à ce qu’il parait !

Dés 1971, le penseur autrichien Ivan ILLICH publie « Une société sans école ». Farouche contempteur de la société de consommation, l’automobile nuit au transport, l’école nuit à l’éducation, et la médecine nuit à la santé (dans ce dernier cas tuant la maladie au détriment de la santé du patient).

Illitch est partisan d’une déscolarisation des sociétés industrielles.
« Chaque peuple eut ses danses de pluie et ses rites d’initiation, mais jamais un rituel qui clamait sa validité universelle, une procédure se présentant elle-même comme destination inévitable pour tout le monde, dans tous les pays ».

François Bégaudeau, ancien professeur, avait d’ailleurs lancé l’idée d’une suppression de l’école obligatoire. « Puisque l’école fabrique structurellement des inégalités, il faut supprimer la structure.
Car on se trompe. L’école a parfaitement réussi. Parfaitement réussi sa mission de relégitimer la classe dominante et de convaincre les pauvres qu’ils méritaient de l’être », concluait-il d’un ton farouche.

Oserions-nous suggérer à François Bégaudeau que les Antilles lui ouvrent dorénavant un champ d’expériences fabuleux ? Le cas de la Guadeloupe et de la Martinique est unique. Nous avons nos danses de pluie et nos rites d’initiation, mais en fait nous avons déjà supprimé l’école. A quoi bon nous servirait de lire Victor Hugo, d’étudier l’histoire de la Grande-Bretagne puisqu’il y a eu l’affreux Churchill, d’écouter le Plat Pays de Brel car Leopold II était un sanguinaire, de retracer le parcours de Gandhi et de l’indépendance de l’Inde, étant donné les paroles pleines de morgue à l’égard des noirs du Mahatma ?

Marion Marechal, pendant ce temps, forme ses futurs cadres. « Notre volonté d’enraciner nos étudiants dans une culture et une histoire s’articule avec leur préparation aux enjeux mondiaux du 21ème siècle. Ils doivent être capables de projeter l’avenir de leur nation dans le cadre de la mondialisation » (Lincorrect 30/01/2020). Les « hussards blancs de la République » ont un temps d’avance…

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