Evénements

Au Zenith, la terre a tremblé

« Prends un papier et un crayon pour nous dire de quelle manière s’est déroulé ce concert » pourrait-on fredonner. Car c’est à une véritable leçon d’histoire du Zouk qu’il nous a été donné d’assister ce weekend dans l’Est Parisien consumant de bonheur les étudiants en Zoukologie, toutes générations confondues.

En descendant à la station de métro Porte de Pantin, samedi 28 mai, impossible de ne pas se souvenir qu’il y a 31 ans, le 22 juin 1985 nous avions rendez-vous avec un groupe d’amis juste à l’endroit où se trouve maintenant un restaurant fast food. Depuis, certains nous ont quittés. Nul doute qu’ils auraient tout fait pour être présents. Hommage à eux !

Le temps est gris. Après une bonne averse, il pleuviote maintenant. Qu’à cela ne tienne ! Les irréductibles font déjà la queue pour ce concert mythique bien que les agents de sécurité répètent inlassablement que ce n’est pas l’heure pour l’ouverture des portes. Une fois dans la salle, chacun cherche à tuer le temps. Les filles maquillées sont venues décontractées en jean basket : « On est venues pour sauter. On n’est pas en boite ». Ça ne parait pas gêner les garçons. Ça blague, ça drague gentiment. Les filles jouent le jeu et sourient. Il est trop tôt pour montrer ses préférences. A ces mâles de faire preuve d’ingéniosité pour attirer leurs regards en attendant les zouk love  synonymes de rapprochements. Au 1er rang dans la fosse, c’est un véritable inter-villes : des groupes viennent de Rouen, du Havre, de Dijon, de Nancy… Une tourangelle nous explique avoir pris deux jours de congé pour faire aussi du tourisme.

Kassav 1Marc parmi les interrogés est le seul à avoir vécu le premier concert. Après avoir travaillé aux Comores et à Mayotte, l’album Soucougnan est le déclenchement de sa passion pour le groupe. De retour en Ile de France, c’est tout naturellement qu’il avait acheté son ticket jauni par le temps, qu’il nous montre comme un sésame et depuis dédicacé par Jacob : « Je me souviens avoir été l’un des rares blancs ce jour là. Je vois ce soir qu’il y en beaucoup plus. C’est bien. Kassav, c’est international ! ».

Et voilà les papys flingueurs Vickings pour l’ouverture du bal : Hippo, Sopran’, Maxo, Jacquet. Pour les plus jeunes spectateurs, c’est une découverte. Rapidement, les premiers déhanchements et hochements de tête s’enchainent. Fred Aucagos au chapeau  noir pleure pour « Aline » et le Zénith féminin chavire « pour qu’elle revienne ». Maxo et Hippo dégagent, pointent et y vont de l’avant. « Sans les Vickings, Kassav ne serait pas né » entend-t-on. Et c’est vrai ! Il est temps que les pères laissent la place aux fils…

A l’apparition des lettres KASSAV, la salle plongée dans le noir hurle. Ils sont bien là. Le son est pur. C’est celui des années 80 plus abouti, plus technique. Il vous pénètre, rendant l’ambiance survoltée. Hommage à PSE Patrick Saint Eloi, le grand absent, Jean-Philippe accompagné par 6000 voix dans un karaoké émouvant. Les morceaux se succèdent : une mention spéciale pour l’interprétation de Mwen malad aw, la basse groovy de Georges Décimus et Domeyis mak… pour l’accompagnement de Jean Claude Naimro. La machine à remonter le temps déroule à pleine vitesse, chaque note constituant un ravissement pour les plus anciens montrant leur maitrise des textes en anticipant les paroles.  Jocelyne Soleil semble changer de tenue tous les deux titres. Jonathan lui, n’en a cure. A sept ans, c’est son premier concert et il saute à gauche, à droite. Sa mère s’inquiète, voudrait qu’il se repose un peu. Lui attend le « médicament » et continue ses cabrioles. Malheureusement, emporté par la fatigue, il ne l’entendra pas, ce fameux dernier morceau, endormi dans les bras de son père. Qu’importe ! Ils lui raconteront l’au revoir version reggae à Chiré Douvan. Il ne le sait pas encore mais il est possesseur d’un trésor : il a vu la bande à Pipo au Zénith pour la dernière fois. A moins que… Les 40 ans sont si proches et si lointains.

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Joël DIN

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