Société

Au Brésil, on peut jouer au propriétaire d’esclave…

On se croirait dans un mauvais remake d’Autant en Emporte le Vent… Au cœur de la Vale do Café, Elizabeth Dolson, la propriétaire de la plantation Santa Eufrásia reçoit chaque jour de nombreux touristes et se présente comme la maîtresse du domaine entourée par ses esclaves.

La Scarlett O'Hara brésilienne

La Scarlett O’Hara brésilienne

Les touristes moyennant finance sont servis par des noirs habillés comme des esclaves pour une «promenade dans le temps». A eux de réclamer café, thé, gâteaux ou d’autres services. Pour l’authenticité de ce parc d’attraction, la maitresse n’hésite pas à leur dire : « J’ai une esclave de maison qui s’est enfuie dans les bois. J’ai envoyé le chasseur d’esclave à sa poursuite…».

Elizabeth Dolson a vécu 23 ans à Chicago, où elle a travaillé dans le tourisme. C’est là que lui a germé l’idée de rejouer la période esclavagiste dans le dernier État occidental à rompre avec cette pratique en 1888. La propriété a été achetée par le Colonel Horácio José de Lemos, dont Elizabeth Dolson est une des descendantes.

Le Brésil est le pays qui a accueilli le plus grand nombre d’esclaves au monde : entre 4 et 5 millions d’Africains ont débarqué sur ses côtes, principalement à Rio de Janeiro. C’est dix fois plus qu’aux États-Unis.

La journaliste Cecilia Oliviera de « The Intercept », s’est glissée parmi les touristes. S’étonnant qu’à aucun moment ne soient mentionnées les violences et les atrocités infligées aux esclaves, à l’image du Musée de l’Holocauste à Berlin où le visiteur ressent la douleur subie par le peuple juif, Dolson se défend de tout racisme : « Du racisme ? Mais pourquoi ? Parce que je m’habille comme une dirigeante d’exploitation esclavagiste ? De quoi parlez-vous ? Non ! Je ne fais rien de raciste… »

« Il y a un employé, qui vit ici, qui m’aide et est habillé comme un esclave. Mais il est très blanc ! Donc, la couleur n’a rien à voir» précise Dolson. Une vision du monde civilisé blanc et chrétien, que les touristes semblent apprécier. Sur TripAdvisor, on trouve des commentaires élogieux sur elle : « Miss Elisabeth nous reçoit avec bonté, habillée en costume d’époque et nous a raconté la belle histoire de sa plantation et sa famille. »

Réaction pas étonnante dans un pays qui s’est construit sur une « mystification » de l’esclavage, que dénonce le rapport de la Commission de la vérité sur l’esclavage noir et sur des « fantasmes » de « relations cordiales entre les maîtres et leurs esclaves ». La Commission rappelle dans son rapport la réalité, dure et violente, de ce que fut l’esclavage au Brésil. Et alors que l’on croyait les cas de travail forcé confinés aux régions déshéritées et oubliées des autorités, comme l’Amazonie, c’est maintenant le cœur du Brésil moderne qui est touché. On note une prolifération de cas dans l’industrie textile, le bâtiment, l’agrobusiness et les chantiers publics.

d’après l’article « Tourists-visit-plantation-in-brazil-and-are-served-by-black-slaves » The Intercept 06/12/2016

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Joël DIN

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