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Ary Chalus : Je me reconnais dans les guadeloupéens de l’hexagone

Très discret au niveau hexagonal depuis son élection, Ary Chalus semble avoir changé de registre. A la recherche de visibilité, il se laisse facilement aborder, jouant la carte de la simplicité. Rencontre avec un Président de région « normal » à deux jours de son rendez-vous avec ses compatriotes vivant dans l’hexagone.

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97Land : Comment analysez-vous votre large victoire de décembre dernier ?

Je dirai qu’elle est due d’abord à une volonté de changement en Guadeloupe puis à mon franc parler. La population a vu et apprécié le travail que j’ai accompli en 15 années à Baie Mahault. Toutes les couches de la société : les jeunes, les adultes et ceux du 3ème age ont voulu me permettre de pouvoir mener cette politique sur tout le territoire de la Guadeloupe.

Il est clair que les choses ne seront pas faciles : on m’a traité d’amateur durant cette campagne électorale. Je me rends compte, nous nous rendons compte des dysfonctionnements qui existent au niveau de la région, de tout ce qui empêche d’avancer surtout en matière de finances, de la mauvaise gestion de l’équipe précédente. Mais comme je suis un battant, on se donnera les moyens de redresser les choses et de redonner confiance à la population guadeloupéenne.

90 % du personnel de la Région a repris le travail

97L : Quels sont les principaux axes de votre politique ?

Dans un premier temps, redonner confiance au personnel de la région et à ses satellites parce que les gens oublient le CTIG, l’école de la 2ème chance, Guadeloupe formation, Guadeloupe Expansion, Route de Guadeloupe et d’autres… Il y avait trop d’employés en congé de maladie à cause du régime existant et je peux vous dire que depuis notre arrivée, 90 % ont repris le travail.

Redonner de l’espoir à la jeunesse par la formation, la responsabilisation des actifs afin de permettre à chacun de prouver ses compétences et le grand chantier de l’emploi. Nous travaillons avec les chefs d’entreprise, le MEDEF Guadeloupe et Guadeloupe Initiative. La semaine prochaine certainement, nous allons adhérer à Initiative France qui crée beaucoup d’emplois pour la jeunesse.

Dans un deuxième temps relancer l’économie du pays par des investissements surtout dans le BTP, mais nous pensons plutôt en 2017 car il nous faut faire des économies, vraiment émarger et consommer les fonds européens. Nous nous sommes rendus à Bruxelles où il nous a été dit que nous n’étions pas bien défendus au niveau de l’état français. Il faudra étudier cela en profondeur et veiller à en tirer le meilleur profit pour relancer l’économie.

Je suis devenu quelqu’un de très courtisé

97L : Vous avez déclaré que l’état français vous mettait des « bâtons dans les roues »après l’élection au Port Autonome. Vous maintenez vos propos ?

C’était une expression. Quand on dit l’état, il y a des hommes derrière et vous savez que l’ancien président a toutes ses entrées au plus haut niveau. Nous savons de personne sure que du lobbying a été fait pour que je ne sois pas président ce qui est dommage car le Port c’est l’économie du pays. C’était une manière d’équilibrer le territoire : il n’est pas normal que le port de Basse Terre soit abandonné, que rien ne s’y fasse. Il n’y a pas que Pointe à Pitre et Baie Mahault. Il faut que les touristes puissent venir aussi sur la Basse-Terre. J’ai rencontré le 1er ministre et le Président et je leur ai fait valoir mon mécontentement. Et rassurez-vous j’ai appris beaucoup de choses il y a 2 semaines quand il s’est agi de la motion de censure contre le gouvernement où j’ai été vraiment courtisé avec un autre élu, car avec nous deux les frondeurs auraient eu le nombre d’élus nécessaire. J’ai beaucoup appris et cela me servira à l’avenir : je suis devenu quelqu’un de très courtisé car la loi El Khomri reviendra à l’Assemblée Nationale. Je saurai utiliser cette arme dans les demandes que je formulerai pour la Guadeloupe.

Je pense que deux collectivités c’est trop

97L : La Martinique et la Guyane ont choisi la voie de la collectivité unique. Votre opinion concernant une éventuelle évolution institutionnelle ?

Il est clair que tout homme, toute femme qui vit, qui va à l’école a envie d’évoluer. La Martinique, la Guyane, Saint-martin ont choisi. Je pense que deux collectivités c’est trop, mais c’est aux guadeloupéens de choisir ce qu’ils veulent et en disant les choses vraies. il n’est pas normal que nous travaillions, que nous financions les mêmes projets région-département : je pense au problème de l’eau par exemple.

Moi je voulais une collectivité unique dans le cadre de l’article 73. On a fait croire à la population qu’il s’agissait d’une voie vers l’indépendance en mentant effrontément : c’est triste ! Nous ferons preuve de pédagogie pour que le peuple choisisse son destin en connaissance de cause.

Je n’ai besoin de rien

97L : Vous avez été maire, puis député maintenant Président de région. Vous découvrez-vous à chaque échéance électorale de nouvelles ambitions ?

Vous savez quand vous êtes guadeloupéen, vous vous rendez compte des difficultés qui existent dans le département. Il y a des hommes responsables au niveau des communes et des collectivités. On vient de commémorer l’esclavage mais je n’ai pas peur de le dire : en Guadeloupe, il y a des gens qui sont encore sous un régime d’esclavage. Quand vous n’avez pas d’eau, pas d’électricité, que vous vivez dans une situation déplorable et que les élus ne font rien pour vous aider, je déclare que c’est vous maintenir dans un état de domination. Et quand il s’agit d’élections, on vient vous voir, on vous promet monts et merveilles et rien ne se fait.

Tant qu’il y aura des guadeloupéens en souffrance Ary Chalus se donnera les moyens de pouvoir les aider, taper aux portes des ministères. Je n’ai besoin de rien, je ne fais  pas de fioritures. Je suis quelqu’un de simple et naturel qui veut accompagner ses compatriotes.  Je m’encadrerai de techniciens compétents pour mener à bien ma mission.

Je veux que notre antenne de Paris soit à la

disposition des guadeloupéens

97L : Vous allez débattre avec les guadeloupéens de l’Ile de France le 3  juin. Qu’attendez-vous de cette rencontre ?

Ce sera d’abord pour moi l’occasion de retrouver des amis et des connaissances que je n’ai pas vus depuis très longtemps. Ce sera une rencontre conviviale, un moment pour échanger. Comme je l’ai toujours dit je viens du petit peuple, je me reconnais parmi eux.  Ils ont quitté la Guadeloupe pour la plupart afin de travailler. Et il n’y aura pas que des guadeloupéens je pense car les autres ultramarins connaissent les mêmes problématiques : travailler, fonder une famille et avoir un avenir meilleur.

J’en profiterai pour expliquer mon travail parlementaire. J’essaie de défendre les fonctionnaires qui veulent être mutés : les policiers, les enseignants notamment. Il n’est pas normal que des hexagonaux obtiennent l’Outre-mer et pour les nôtres rencontrer tant de difficultés pour un rapprochement familial. Je le répète même si je dérange par mon franc parler : celui qui a 4 ans d’ancienneté peut attendre par contre au bout de 20, 30 ans, il faut si on le désire pouvoir retourner chez soi.

Il y a d’autres compatriotes qui sont dans des situations délicates et qu’il faut accompagner par le biais d’associations. Il y a ici le CREFOM, on m’a invité je n’y ai jamais mis les pieds. Je ne suis pas contre, je le dis bien mais je ne me sens pas comme un français de l’étranger : je suis français à 100 %. Il y a le CRIF c’est vraiment un conseil représentatif des juifs de France. Je comprends l’idée, l’esprit du CREFOM mais j’aurais préféré qu’il y ait un association de défense  des intérêts des ultramarins dans l’hexagone.

Il n’est pas  normal qu’on dise à un jeune qu’on ne prend pas son chèque venant des Outre-mer, qu’il est hors place : cela veut dire que nous ne sommes pas français et personne ne dit rien. Je me bats pour que cela cesse. Il n’est pas normal qu’un jeune ait des difficultés de caution et de logement. Il y a un travail à faire. J’ai découvert que nous avons une antenne de la région Guadeloupe à Paris. Ce n’est pas normal ! Les 3/4 des guadeloupéens ne connaissent pas son existence et le personnel travaille dans des conditions déplorables. Je veux que cette antenne soit à la disposition des guadeloupéens pour les accompagner et les guider.

Pour conclure, je plagierai une phrase célèbre : un guadeloupéen vient parler aux guadeloupéens. Voilà le véritable sens de cette rencontre.

C.ROM 3 Juin

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