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Antilles-Guyane : Deux négations ne font pas une nation

Deux négations ne font pas une nation*

Mes professeurs me répétaient continuellement que la double négation entraîne parfois des contre-sens voire des non-sens. La Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, par peur d’être simplement ce qu’elles sont, et à force de ne vouloir être ni ceci ni cela, s’aperçoivent qu’elles risquent maintenant de n’être plus rien du tout.

Exaspéré – Je suis guadeloupéen(ne) [ou] martiniquais(e) [ou] guyanais(e), je ne suis pas français(e).

Probabilité : faible. Nécessité du créole pour soutenir une telle affirmation. Tres chic dans un cocktail au ministère des Outre-mer tout en buvant du champagne chaud.

Courroucé – Je ne suis pas guadeloupéen(ne) je suis martiniquais(e).
Je ne suis pas martiniquais(e) je suis guadeloupéen(ne).
Je ne suis pas antillais(e), je suis guyanais(e).

Probabilité : élevée dans l’hexagone.

Furieux – Je ne veux pas de ton université en Guadeloupe / en Martinique / en Guyane, même si mon misérabiliste pôle universitaire sur mon territoire est la risée des autres universités des Caraïbes et d’ailleurs.

Probabilité : quotidienne en Guadeloupe, Martinique, Guyane.

« Tu me parleras du Général de Gaulle, je te parlerai de Louis Delgrès…
Tu me diras que tes grands-parents dansaient la valse, je te dirai que mon peuple continue à danser le gwo-ka…
On discutera des morceaux de Claude François, je te parlerai de Patrick Saint-Eloi…
Ma géographie c’est l’archipel caribéen, moi je ne peux même pas te citer 10 villes françaises… » comme le dit cette jeune dame dans une vidéo, cumulant les clichés réducteurs.

Payons-nous l’utopie des embrassades historiques de Michaux-Chevry, Marie-Jeanne, Karam ?
Même Raphaël Confiant a pu écrire : « C’était le temps de l’euphorie, du désir d’une plus grande responsabilité locale. Nous autres, observateurs, journalistes, intellectuels ou simples militants, participâmes aussi de cette euphorie ».

Nos peuples aujourd’hui sont dans une impasse, et luttent pour leur survie au détriment des revendications politiques. Le système apparaît verrouillé, irréformable, et toujours très dépendant des pressions de l’Etat.
Le renouvellement des élites politiques réclamé bute sur les logiques de partis et les réalités communautaires et clientélistes.

Il ne suffit plus de dire la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane tiendront, que la machine grince, mais tourne. Il faut bien hélas, nous rendre à l’évidence. Cette Guadeloupe et cette Martinique, et cette Guyane sont bien marquées.

Notre dessein aujourd’hui n’est pas de nommer aujourd’hui les responsables. Est-il besoin de refaire le tableau des clans politiques et familiaux, de la confiscation du pouvoir par une petite élite ?
Elle est établie tous les jours dans la chronique des journaux tout regorgeant des désordres et des scandales.

Nous avons aussi assez entendu les slogans de l’optimisme officiel.
Toutes les images qui évoquent la détresse des choses ingouvernées ,- le navire à l’abandon, le bâtiment qui s’effondre- s’applique aux Antilles et à la Guyane actuelles. Il n’y a pas apparemment de force qui au monde puisse faire que la Guadeloupe et la Martinique, et la Guyane, conduites comme elles le sont, ne se désagrègent pas et ne disparaissent pas.

L’inéluctabilité de cette échéance est ce qui s’impose aujourd’hui à la conscience de nos pays.
Chaque citoyen attend comme le craquement subit qui l’avertirait que plus rien ne va plus, que les services publics – l’eau, la lumière, le CHU – sont eux-mêmes arrêtés.

C’est sur un double refus permanent, que les formations politiques ont conclu leur alliance.
L’exemple de la Martinique est éclairant. Indépendantistes et départementalistes ont signé l’accord de gouvernance qui leur a permis de prendre le contrôle de la collectivité.

Quelle sorte d’unité peut être tirée d’une telle formule ? Ce n’était en aucun cas une union nationale, juste un regroupement de deux velléités. Une anti-PPM Letchimy, une autre anti- état français.

La folie est d’avoir élevé un compromis à la hauteur d’une doctrine d’Etat, d’avoir traité l’accident comme une chose stable – d’avoir cru, enfin que deux NON pouvaient en politique, produire un OUI.

Un ETAT n’est pas la somme de deux impuissances – et deux négations ne feront jamais une nation.

Ce qu’une moitié des Guadeloupéens et Martiniquais, et guyanais ne veut pas, on le voit très bien. Ce que ne veut pas l’autre moitié, on le voit également très bien. Mais ce que les deux moitiés veulent en commun, c’est ce qu’on ne voit pas.

Les seuls vainqueurs sont ces agitateurs d’idées, et gourous de sites internet. L’union nationale serait leur fin, ils savent qu’ils ne peuvent vivre que dans la division. Il leur faut toujours de nouveaux traitres, de nouveaux suspects. S’il n’y en a pas, ils les créeront. Leur système exige une répétition continuelle de désastres et de catastrophes.

Prenons le cas du déboulonnage de statues institutionnalisé, avec égéries guymargua, et vociférations permanentes, qui ne peut pas nous mener très loin ! Bien sûr, des gens sincères, particulièrement des jeunes, succombent aux sirènes populistes. Le trop-plein schoelchériste a correspondu à une période de notre histoire qu’il est difficile d’appréhender.

René Bélénus se dit effaré et consterné par le manque de maîtrise par les medias locaux, les intellectuels, les professeurs d’histoire de notre passé.

Attendez, dit-il, « mais pour la Guadeloupe, vous sillonnez tout l’archipel, partout vous avez des noms de propriétaires d’esclaves. Puisque le nom des parcelles correspond à ceux qui en étaient possesseurs ».

Débaptisons toute la Guadeloupe, et la Martinique, et la Guyane ! Cela nous prendra bien au moins trois générations. Débaptisons les moindres ruelles, les lieux dits, les impasses, les sections. Woté sé non la sa !

On apprenait que parmi la centaine de dossiers à voter, les mercredi 23 et jeudi 24 novembre 2016, la proposition de donner le nom de Frantz Fanon au hall d’entrée de l’hôtel de la Collectivité territoriale de la Martinique était à l’ordre du jour.

Nous sommes en novembre 2020. La salle des pas perdus de l’immeuble du Plateau Roy bruisse désormais des raclements de pieds de chaises et de fureurs révolutionnaires. On n’y doit plus tellement parler de Fanon, pensons-nous, mais du terrain Séguineau (à débaptiser lui aussi ?).

 

• Nous reprenons les principales formules de Georges Naccache, journaliste et homme politique libanais, dans un célèbre article de la revue L’Orient en 1949. Hallucinant !

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Théo LESCRUTATEUR

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