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Anormal : 3 entraîneurs noirs pour les 5 ligues européennes majeures

Racisme, xénophobie, intolérance, méfiance… des poisons que l’on tente d’extirper après des années, des décennies et des siècles d’abus, de discrimination physiques et psychologiques envers les Noirs dans la plupart des secteurs de la société. Pour le sport en général et le football en particulier, au-delà des campagnes et des slogans «Black lives Matter», «No Room for Racism», « Say No To Racism », certains aspects ne semblent pas évoluer. La présence de joueurs noirs dans les compétitions européennes est une réalité … mais il n’y en a pratiquement aucun sur le banc. Un article de David Perez Moeaga pour Marca.

Rochdale, une ville du nord-ouest de l’Angleterre. Anthony Norman Collins. Profession : entraîneur de football. Particularité : homme de couleur.

Il faut remonter à plus de six décennies en arrière pour trouver sur un banc de touche le premier entraîneur noir de l’histoire du football britannique et probablement européen. Après la Seconde Guerre mondiale, le football rassemble des foules, mais dans ces années, alors qu’il était déjà rare de trouver des footballeurs noirs – Collins lui-même a été le premier à Crystal Palace-, il ne semblait pas imaginable d’en choisir un en tant que manager.

Le cas de Jack Leslie est un exemple typique de racisme. Meilleur buteur de Plymouth Argyle, il devait être convoqué pour jouer contre l’Irlande. Malheureusement, il n’a jamais été  invité pour cette rencontre internationale. Ce n’est que 53 ans plus tard que Viv Anderson est devenu le premier Afro-descendant à porter le maillot de l’équipe nationale. La vérité a été révélée dans une interview de la BBC par la petite-fille de Leslie : « Quelqu’un de la féde est venu le superviser, mais au lieu de se preocuper de son jeu, il n’a vu que sa couleur de peau. C’est ainsi qu’il lui a été refusée la possibilité de représenter son pays ».

Collins, de retour de la guerre, a été sollicité par ses anciens coéquipiers : ils ont insisté pour sa nomination par le conseil d’administration, lui faisant confiance, et ont été récompensés une saison plus tard, atteignant la finale de la Coupe de la Ligue.

Après sa démission en 1967, il faudra attendre 26 longues années pour revoir un entraîneur noir sur les bancs anglais, bien que Collins revienne brièvement comme intérimaire au début des années 80, avec Keith Alexander. Keith a début sa carrière d’entraîneur à Lincoln City, puis à Peterborough United et sa mort subite, mettant un terme à sa carrière à Macclesfield Town.

@Fabio Liverani

Nous voilà fin novembre 2020. 60 ans se sont écoulés depuis l’émergence du premier entraîneur noir et le racisme, bien qu’existant encore, est moins prégnant. Les supporters des principaux clubs européens apprécient les performances de leurs joueurs, mettant de côté leurs éventuels préjugés et concentrant leur attention sur ce qui se passe sur le terrain, bien qu’il y ait toujours des exceptions : la banane de Dani Alves, les insultes à Eto’o ou Andy Cole… Face à de tels événements, la FIFA a durci les sanctions.

Mais les bancs des ligues européennes ne se distinguent pas en raison de la présence d’entraîneurs noirs. Pour le «Big Five» – Espagne, Angleterre, Italie, France et Allemagne – les données sont effarantes.

98 équipes composent ces premières divisions… Trois seulement ont un entraîneur de couleur : Nuno Espírito Santo, Patrick Vieira et Fabio Liverani.

L’entraîneur de Wolverhampton est originaire de São Tomé et Príncipe, ayant aussi la nationalité portugaise. Il est actuellement le seul entraîneur venant des minorités ethniques en Angleterre. En Ligue 1, Vieira, originaire du Sénégal, international français, pilier de l’Arsenal de Wenger, ancien de l’Inter et de City, est depuis juin 2018 le coach de Nice. Enfin, en Italie, le banc de Parme est tenu par Fabio Liverani, le premier footballeur noir ayant porté les couleurs transalpines.

Franck Passi, Antoine Kombouaré, Sol Campbell et Clarence Seedorf font partie des ex-footballeurs noirs entraîneurs actuellement au chômage. Un constat qui a amené plusieurs personnalités du football à élever la voix, exigeant un traitement plus équitable, ne demandant ni compassion ni charité, mais réclament la confiance dans le travail de ceux qui ont été formés pour exercer ce job, sans que la couleur n’affecte leur traitement

@Nuno Espírito Santo

« Il est normal qu’il y ait beaucoup de joueurs noirs, car les gens pensent que ce sont des athlètes avec de bonnes capacités physiques, mais pour être entraîneur il faut de l’intelligence et de la discipline. Quand les gens doutent de l’intelligence d’un groupe ethnique, ils provoquent des situations impossibles ». C’est le constat accablant de Lilian Thuram, ancien joueur de Barcelone et de l’équipe de France. Le Français a été le premier à dénoncer les discriminations prévalant dans le football moderne. Dans ses déclarations à L’Équipe, le «Géant de Guadeloupe»  indiquait clairement que, malgré des avancées contre le racisme, la présence de techniciens noirs est encore quasi inexistante en Europe.

« Il y a beaucoup de joueurs non blancs, mais pratiquement pas d’entraîneurs. Cela doit changer. Mais certains veulent laisser les choses en l’état, car ils ne veulent pas hypothéquer leurs chances de décrocher un emploi dans le futur. Et ça c’est du racisme ».

5 ans se sont écoulés depuis ces déclarations et la situation ne s’est pas améliorée. Conscientes de cela, des stars comme Raheem Sterling et Samuel Eto’o ont également élevé la voix. La vague d’indignation provoquée par la mort de George Floyd aux États-Unis a servi à réveiller les consciences et le premier, international anglais et joueur de Manchester City, a publiquement déclaré à la BBC : « En Premiere league il y a environ 500 joueurs et un tiers d’entre eux sont noirs, mais nous ne sommes représentés ni dans la hiérarchie ni dans les instances techniques.  »

A l’instar de Sterling, Samuel Eto’o a partagé son inquiétude sur les difficultés pour les anciens joueurs noirs à acceder au banc  « Bien sûr, il y a beaucoup de techniciens africains diplômés. Mais on ne leur fait pas confiance. Nous sommes considérés comme des êtres de seconde classe ».

Cependant, la solution est-elle de forcer les équipes à se renforcer avec quelqu’un dont elles ne veulent pas ? Jimmy Floyd Hasselbaink ne le pense pas. « Je veux devenir l’entraîneur parce que le président ou le propriétaire d’un club pense que je suis la bonne personne à ce poste », a déclaré l’ancien attaquant de Chelsea et de l’Atlético. « Si je ne le suis pas, je ne veux pas de ce travail. Ne me prend pas non plus parce que je suis noir, juste pour que cela fasse bien. J’ai déjà eu ce sentiment avant ».

La règle Rooney (politique de la NFL qui oblige les équipes à candidater ceux issus de minorités ethniques pour des postes d’ entraîneur-chef et d’opération) est appliquée sur les terres britanniques en 2018. Même si cela semble donner des possibilités aux techniciens de couleur, la réalité est loin de correspondre à cette vision idyllique. Il est vrai que cette réglementation n’oblige en rien l’embauche du candidat et les chiffres sont accablants. En Angleterre, sur les 44 clubs composant la Premier League, le Championnat de 1ere division, seuls deux entraîneurs sont noirs : le précité Nuno Espírito Santo, à Wolverhampton, et Christ Hughton, à Nottingham Forest.

Le rêve de la plupart des anciens joueurs est de rester leur domaine sportif et on constate aujourd’hui que le nombre de techniciens footballeurs est en augmentation. Hasselbaink, qui a pratiqué sa carrière d’entraîneur entre les ligues belge et anglaise, est conscient de l’importance de la diffusion d’un message sensibilisant et soutenant les joueurs noirs qui souhaitent transmettre leurs connaissances : « Il y a beaucoup de footballeurs noirs qui pourraient prodiguer leurs conseils à la nouvelle génération, mais je sais que certains ne veulent pas s’engager dans cette voie parce qu’ils pensent qu’ils n’auront aucune chance. C’est dommage »…

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