Culture

Annick Girardin : Les créoles sont une richesse et une fierté pour la France

Intervention de Madame Annick GIRARDIN, Discours « Parler créole aujourd’hui » -Ministère des outre-mer. Extraits

Je me sens doublement concernée par ces questions linguistiques et culturelles : aujourd’hui en tant que ministre des outre-mer bien-sûr, mais aussi en tant que secrétaire d’Etat à la Francophonie de 2014 à 2016… Pour ma part, j’affirme que les créoles enrichissent la langue française et sont un vecteur du rayonnement des francophonies.

… Nous sommes à 3 jours du 28 octobre, journée internationale célébrant la langue créole. Une reconnaissance qui s’est d’abord développée dans les Caraïbes et l’Océan Indien, pour s’étendre ensuite aux pays d’accueil des populations créolophones, comme la France hexagonale, le Royaume Uni, le Canada ou encore les Etats-Unis.

Les créoles sont une richesse et une fierté pour la France. Le créole est d’ailleurs la plus importante langue régionale de France puisqu’il est parlé aujourd’hui par environ 2 millions de personnes sur le territoire de la République.
Les langues créoles à base française ont plus de 10 millions de locuteurs dans le monde. Quand on sait que les locuteurs francophones seront près d’un milliard à l’horizon 2050, soit quatre fois plus qu’aujourd’hui, on comprend bien que la part des créolophones a vocation à augmenter dans les mêmes proportions.
Les langues régionales ont résisté au fil des siècles grâce aux femmes et aux hommes qui les ont entretenues et transmises aux générations futures.
Il existe différentes formes de créole… Ce sont des témoins vivants des échanges culturels et régionaux inédits dans les trois océans.

Le créole est donc un puissant révélateur d’une identité culturelle. Je reprendrai ici les mots de Jean BERNABE, Patrick CHAMOISEAU et Raphaël CONFIANT dans leur Eloge de la créolité paru en 1989 : « Ni Européens, ni Africains, ni Asiatiques, nous nous proclamons Créoles. Cela sera pour nous une attitude intérieure, mieux : une vigilance, ou mieux encore une sorte d’enveloppe mentale au mitan de laquelle se bâtira notre monde en pleine conscience du monde. »
Une véritable littérature créole a vu le jour dans les années 70 avec Hector POULLET en Guadeloupe, Elie STEPHENSON en Guyane, FRANKETIENNE en Haïti… pour ne citer qu’eux.

… Le créole s’incarne dans les mots et dans les corps et je sais combien de chemin il nous reste à faire pour qu’il s’incarne dans nos institutions. Vous savez au passage qu’Haïti est l’un des seuls pays au monde où le créole est considéré comme langue officielle. Madame Michaëlle JEAN, mon amie, est la secrétaire générale de la Francophonie depuis 2 ans. Femme d’Etat canadienne, n’oublions pas qu’elle est originaire de Port-au-Prince. Je sais que nous pouvons trouver là une oreille attentive
à ce besoin de reconnaissance des langues et des cultures créoles.

… Présenter le créole comme une langue régionale, c’est courir le risque de l’enfermer dans un repli identitaire. Les mots d’Aimé Césaire, prononcés en 1987 à Miami à l’occasion de la première Conférence des peuples noirs de la diaspora, prennent alors tout leur sens : « Je vois bien que certains, hantés par le noble idéal de l’universel, répugnent à ce qui peut apparaitre, sinon comme une prison ou un ghetto, du moins comme une limitation. Pour ma part, je n’ai pas cette conception carcérale de l’identité. »

C’est également ma position. Les langues créoles ne doivent pas être enfermées dans un ghetto culturel.
En tant que ministre des outre-mer, je porte une ambition sur ce quinquennat : développer, voire imposer quand c’est nécessaire le « réflexe outre-mer » dans notre culture administrative. Il s’agit de prendre en compte les spécificités des territoires ultramarins dans l’élaboration des lois afin de ne laisser aucun citoyen, ni aucun territoire en marge de la République.

La proposition est vraie pour les langues et les cultures créoles. Il ne faut pas que ces enjeux soient uniquement traités ici, rue Oudinot. Les cultures créoles ont toute leur place dans la culture française et je sais pouvoir compter sur Françoise NYSSEN,
la ministre de la Culture, pour mener ce combat. Je rappelle ici qu’elle est l’ancienne directrice d’Actes Sud, une maison d’édition qui a fait la part belle aux auteurs issus des Antilles ou encore d’Afrique.
Les créoles jouent et devront continuer à jouer un rôle primordial dans la coopération régionale.

Dans la Caraïbe, d’Haïti à Sainte-Lucie, ou encore dans les Mascareignes et l’Océan Indien, les créoles sont porteurs de liens et vecteurs d’échanges. Les ultramarins ont forgé avec leurs voisins une histoire et une culture souvent commune. Les langues
créoles sont un trait d’union entre les peuples.

Les langues et les cultures créoles appartiennent pleinement à l’histoire de France. S’il y a un manque de reconnaissance institutionnelle, ce n’est pas une fatalité. Ce mois créole est l’occasion idéale de diffuser dans l’hexagone et à Paris, toute la force et la
richesse des langues et cultures créoles…

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