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Alain Thimalon : le natif natal de Guadeloupe

Plus guadeloupéen que lui, ce n’est pas possible ! Alain Thimalon est l’animateur vedette de Canal 10 avec son émission Soti Rivé, micro à la main et la casquette vissée sur son front. A son tour de subir notre interrogatoire afin de mieux connaître l’homme.

 

Peux-tu nous parler de ton enfance ?

Je suis de la rue Ti Caca de Grand Bourg de Marie Galante. C’est là que j’ai grandi, que mon « cordon ombilical a été enterré » comme on dit. J’avais un groupe d’amis avec lesquels on faisait du sport : nous jouions au football comme tous les enfants de Guadeloupe de l’époque avec un fruit à pain, mais moi j’étais surtout attiré par la lutte, le combat, l’affrontement physique.

Comme j’étais brigand, je ne m’entendais avec mon père et qu’il m’interdisait de sortir, en grandissant, j’ai décidé de m’orienter vers la boxe. J’ai voulu en faire mon métier et je suis allé jusqu’en métropole.

Le micro son arme ou sa plume

Le micro à la fois son arme et sa plume

Ta reconversion en animateur ?

De retour en Guadeloupe, j’ai commencé à animer vers 1986 pour une radio libre, Radio Arago de la rue Vatable à Pointe à Pitre pour les connaisseurs. J’ai démarré en fait à radio Belle-Eau, puis radio Unité. Mon parcours est long…

Comment passe-t-on de la radio à la télé ?

Je faisais une émission « Vi en Nou » le mercredi soir qui avait un petit succès d’estime. Lors d’un débat pour l’implantation d’une raffinerie en Martinique, Ibo Simon s’est montré intéressé, a trouvé que je parlais bien et m’a proposé de participer à son émission « Eh lé pep ! ». Et voilà comment je suis devenu chroniqueur : Ibo m’amenait partout en extérieur comme sur le plateau : Ka ki ta la ? Ka zot ka di ? Puis un jour, Gerard Girardeau de Canal 10 a eu l’idée de me confier une émission seul et m’a demandé de lui proposer un projet. J’ai repris l’idée de mon émission radio et la direction a accepté. C’était un format de 10 minutes pour découvrir les choses, résoudre des problèmes… Au fur et à mesure, le concept s’est affiné : je suis devenu chasseur d’images du quotidien du peuple et voilà l’origine de Soti Rivé qui a vu sa durée augmenter.

Comment expliques-tu le succès de Soti Rivé ?

Ah ce n’est pas facile de produire quotidiennement du lundi au vendredi. Et cela fait 26 ans que ca dure ! Mais même si le pays n’est pas grand, il y a toujours des endroits que tu ne connais pas. C’est que sa nature est extraordinaire ! Des gens qui n’avaient pas la parole ont pu s’exprimer en parlant en créole librement. Il n’y avait pas de censure et régulièrement nous avons pu résoudre des problèmes, des conflits de terre. Le but était que des gens qui ne se parlaient plus, amorcent un dialogue… Les téléspectateurs nous ont vu chercher à apaiser les choses entre adversaires au point qu’un juge m’a félicité un jour en me disant que le nombre de dossiers sur son bureau diminuait. Il m’a aussi conseillé d’éviter de nommer les noms à l’antenne pour ne pas être poursuivi pour diffamation. Depuis, nous faisons attention à cela et nous faisons moins d’émissions de conflits, plus de présentation.

Dans les rues de Guadeloupe ou d'Ile de France au coeur de l'action

Dans les rues de Guadeloupe ou d’île de France au cœur de l’action

Comment es-tu vu par les journalistes en Guadeloupe ?

Au début ça a été difficile et on peut dire que j’ai fortement ressenti cette notion de classe sociale en Guadeloupe qui existera toujours. Les grands médias nous snobaient, nous évitaient sur le terrain. On m’a fait comprendre que je n’étais pas à ma place : pas de leur caste. A la longue, ils se sont rendus compte que « Mwen en pep la, Pep la sé mwen » (je fais partie du peuple, le peuple c’est moi) donc les relations se sont améliorées. Mais je retrouve encore cette idée de supériorité de la part de certains. Comme dit le proverbe : les chiens aboient, la caravane passe.

Quelle est ta vision de l’univers médiatique guadeloupéen ?

Il y a du travail à faire mais ce que veulent certains c’est rester dans leur bureau et toucher leur paye : la vie est belle ! Il y a beaucoup d’émissions à créer, beaucoup de reportages à faire. Ils attendent la sortie de France-Antilles, vont sur internet pour faire un sujet sur ce qui se passe. En allant sur le terrain, tu es au cœur des évènements, tu suis véritablement l’information.

Selon toi, quel est le devenir de la Guadeloupe ?

Cela commence à la base : Tout un chacun sait ce que l’autre fait mais personne ne veut rien faire. Les politiques n’ont-ils pas une responsabilité dans cette situation ? C’est peut être utopique de ma part mais je ne dirai jamais que le Guadeloupe va mal. Il faut que nous tous nous donnions une nouvelle impulsion au pays, que nous déterminions dans quel sens évoluer. Par contre selon moi, il faut tout refaire.

Toi qui rentres dans les foyers, que penses-tu de la délinquance en Guadeloupe ?

C’est presque la même question que sur le devenir du pays… Vu la taille du pays, on devrait pouvoir résoudre ce problème. Et je me demande si ce n’est pas voulu, si ce n’est pas fait exprès quand on voit toutes les armes de poing qui circulent. Quand un jeune fait une bêtise si la seule solution est de l’arrêter et de le mettre en prison, on ne résoudra rien. A sa sortie, retour à la case départ. Aucun enfant ne devient délinquant sans une cause : il faut essayer de comprendre ce qui s’est passé dans la famille, ce qu’il a vécu ou pas… Mais chacun agit selon ses intérêts personnels. Il faudrait plus de structures préventives, on préfère la politique répressive.

On te voit de plus en plus en France. Que penses-tu de la communauté ultramarine ici ?

Comme tous les îliens, je pensais les « Negzagonaux » moins dynamiques. Et à force de travailler avec eux, de les côtoyer, je dirai qu’ils sont plus antillais que nous dans leur manière de coopèrer. Je vois des gens solidaires, des coups de main, peut être pas tous bien sûr mais un compatriote ici est prêt à faire 50 kms pour aider un des siens. Et si il y a un changement à faire, ce ne sont pas les guadeloupéens de là-bas qui feront cette révolution mais ceux d’ici.

Nous avons une spécialité à 97land c’est que tout interviewé doit nous raconter une anecdote.

Pour un reportage, j’étais à Chauvel aux Abymes j’ai été voir un homme qu’on disait fou. Et effectivement, il avait un problème. Je suis entré chez lui, il a accepté de me recevoir en me disant qu’il m’accordait 10 minutes d’interview, pas une de plus. J’ai pensé qu’il plaisantait, nous avons commencé à bavarder. Tout se passait bien. A un moment, il a regardé sa montre et m’a dit : 10 minutes. J’ai essayé de parlementer, il m’a donné une bonne gorgette et m’a mis dehors. C’est la Guadeloupe aussi !

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