Société

A la Réunion, l’impossible recrutement d’une universitaire de Nantes ?

Dans le Causeur.fr, une enquête de Kevin Erkeletyan avec comme titre  » Traite négrière : l’histoire enchaînée. A la Réunion, l’impossible recrutement d’une universitaire de Nantes » mérite lecture. Nous en publions un extrait.

virginie

Il y a douze ans, Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste des traites négrières, était victime d’une campagne orchestrée par des lobbies identitaires afro-antillais. Son crime ? Avoir présenté l’esclavage dans sa complexité, plutôt que de rabâcher les récits victimaires unilatéraux. Un cas similaire frappe désormais l’université de la Réunion dont on aimerait délivrer Virginie Chaillou-Atrous.

Une et indivisible. » Comme les maillons d’une chaîne. Comme la promesse d’un roc qu’une femme avait choisi d’étudier. C’est au moins ce qu’espérait Virginie Chaillou-Atrous ; écrire l’histoire d’une France détachée du continent. Spécialiste de l’engagisme, forme de salariat contraint imposé à des travailleurs immigrés, qui s’est substitué à l’esclavage à la Réunion à partir de 1848, l’enseignante française est en passe d’être nommée, en 2015, maître de conférence à l’université de l’île. Très loin de se douter qu’un an et demi plus tard… elle n’y aura toujours pas mis les pieds. La jeune femme y est persona non grata. Son premier crime : venir de Nantes, champion français des ports négriers.

Tout commence en juillet 2014 : Sudel Fuma, la figure locale ès histoire de l’esclavage, décède en mer dans des conditions fumeuses. Son poste est libre, il faut un remplaçant. Comme il se doit, le processus de recrutement est lancé. Et la fiche de poste publiée : « Histoire de l’esclavage et de l’engagisme dans les colonies du sud-ouest de l’océan Indien au xixe siècle. » « Le sujet de ma thèse ! » s’emballe la grande brune de 37 ans qui, bien sûr, s’empresse de postuler. À raison : après entretiens et concours, son nom pointe en haut du classement. Mais patatras : Prosper Eve, le président du comité de recrutement, refuse ce choix. « Avec la mort de son ami, il devient le seul spécialiste créole sur place, nous fait remarquer Virginie. Lui ne veut personne à ce poste et n’a pas réussi à placer son candidat. » Insatisfait, Prosper Eve fait donc capoter le concours…

Et le temps passe : un mois… six mois… un an ! Début 2016, le poste est finalement re-proposé. Mais là, bis repetita : Virginie re-postule ; Prosper Eve sonne son glas. Entouré de trois de ses collègues, l’influent professeur, qui n’est plus responsable du recrutement, décide de snober le comité. Au motif que des candidats réunionnais auraient été écartés de la liste des postulants. Un candidat réunionnais, il y en a pourtant bien un : Albert Jauze, 59 ans, agrégé à l’ancienneté. Le vote finit par avoir lieu, Virginie l’emporte encore. Mais Albert Jauze finit second. Et ça, le Crefom ne l’accepte pas.

Le Crefom, créé en 2014, c’est le Conseil représentatif des Français de l’Outre-mer. Une asso’ régionaliste qui ne s’assume pas, qui parle « valeurs du vivre-ensemble » quand elle pense « d’abord les nôtres ». Son « bureau » regroupe deux sénateurs, une députée, plusieurs acteurs et… une ministre : son ancienne vice-présidente, Ericka Bareigts, est chargée des Outre-mer depuis qu’elle a coulé, en moins de six mois, son secrétariat d’État – REP « l’Égalité réelle ». Un parterre très républicain convoqué par Prosper Eve pour dénoncer… « le recrutement d’une candidate originaire de Nantes ». La décision n’est pas encore officialisée que le mot d’ordre est passé : il faut chasser « la Nantaise ».

En bon mouvement politique, le Crefom, d’abord, n’attaque pas frontalement : il se défend de tout « localisme », dénonce un simple vice de procédure. Mais, le lendemain de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, il fustige, dans une lettre, « cette nomination » qui serait « perçue comme une véritable insulte à la mémoire de l’historien disparu ». Voire pire pour son délégué régional : comme « une provocation à l’adresse de la population locale ».

La population locale ? Au moins sa fraction identitaire. Grâce à elle, les choses deviennent plus claires : « nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher que ce soit un autre candidat qu’un Réunionnais qui ait ce poste. Nous empêcherons cette personne qui n’est pas réunionnaise d’enseigner. » C’est Ghislaine Bessière – de l’association Rasine Kaf dont le but assumé est de « revaloriser la place des Kaf dans la société réunionnaise » – qui s’étouffe de la sorte. Les « Kaf » ? En gros les Noirs, les descendants d’Africains…

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1 Comment

  1. BIZZBY
    janvier 18, 2017 at 05:32 — Répondre

    C’est vrai que tant qu’il y aura des pseudo érudit pour éduquer la plèbe franco/antillaise nous en seront là ! a nous echiner à vouloir faire payer à tous prix les descendants où pas d’esclavagiste pour notre salut et honneur de descendants
    L’histoire la vraie, la crue ,nous n’en avons cure
    Puisque nos penchants ou autres bien-être se trouvent ailleurs mais surtout pas dans l’enseignement de notre histoire la vraie sans fard
    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire
    Cela s’appelle la liberté d’expression. …tout simplement

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